Un tweet publié en 2022 annonçait une épidémie d’hantavirus pour 2026. Aujourd’hui, ce même virus a provoqué la mort de plusieurs personnes sur un navire de croisière, faisant de ce message viral une « prophétie » troublante. Mais attention: si le tweet est bien authentique, il ne s’agit absolument pas d’une prédiction.

Si le tweet est bien authentique, il ne s'agit absolument pas d'une prédiction Un vieux tweet prédit une épidémie d’hantavirus, vrai ou faux? / FastCheck / 2 min. / aujourd’hui à 17:32

Un tweet, publié en anglais, disait : « 2023: Corona ended. 2026: Hantavirus ». On peut le traduire par : « 2023, la fin du coronavirus. 2026, l’hantavirus. » Ce message est devenu viral ces derniers jours alors que l’actualité est marquée par l’épidémie d’hantavirus sur le bateau de croisière, le MV Hondius. Ce tweet a refait surface juste après l’annonce des premiers décès, vers le 6 mai 2026. Les réactions ont été immédiates. D’abord la stupeur, puis très vite, les théories du complot.

Pour être sûr que ce tweet n’a pas été créé hier, le média de fact-checking Snopes a utilisé la « Wayback Machine ». C’est comme une machine à remonter le temps pour le web. Depuis 1996, un organisme à but non lucratif archive des milliards de pages pour préserver notre mémoire numérique. Résultat: oui, ce message a bien été posté en juin 2022.

Donc, le tweet est authentique. Mais ce n’est pas suffisant pour en faire une prédiction.

Comment l’expliquer?

La première explication, la plus simple, c’est la pure coïncidence. C’est le fameux principe de l’horloge cassée : elle donne l’heure juste deux fois par jour, mais ça ne veut pas dire qu’elle fonctionne.

Une autre hypothèse, plus plausible encore, relève d’une manipulation bien connue des spécialistes des biais cognitifs: le « sophisme du tireur d’élite texan ». Le principe est simple: il s’agit de publier, en privé ou en public, des centaines voire des milliers de prédictions. La plupart s’avèrent fausses, mais le jour où un événement se produit et correspond à l’une d’elles, l’auteur la met en avant et efface les autres. Il acquiert alors une réputation de prophète.

D’ailleurs, le compte en question, @iamasoothsayer (littéralement « je suis un devin »), ne compte que quatre tweets publics. Sa biographie indique même « lit l’avenir ». Il est impossible de déterminer si cette description a été ajoutée avant ou après le début de la viralité du message.

Pourquoi une telle démarche?

Les motivations derrière une telle démarche peuvent être multiples: la recherche de notoriété, le simple plaisir de semer le doute, ou encore la volonté de démontrer qu’avec suffisamment de tentatives, toute « prédiction » peut se réaliser. Le problème réside dans le fait que, dans un contexte angoissant de post-pandémie, une telle coïncidence peut rendre le public plus sensible à ce genre de récits.

Pour anticiper les épidémies, les scientifiques font de la surveillance épidémiologique. Le principe: traquer en permanence les virus chez les animaux et analyser les risques de transmission à l’être humain. Il s’agit là d’une démarche scientifique rigoureuse, et non d’une forme de divination.

Hélène Joaquim