Le 14 juin, les habitants de Bâle‑Ville décideront dans les urnes comment gérer leur population de pigeons. Aujourd’hui, plus de 8000 volatiles vivent dans le canton et leur présence divise. Entre une initiative populaire et un contre‑projet plus prudent, deux approches s’affrontent. Un vote dont la portée du débat dépasse largement la région.
Un vote qui place la question au cœur du débat public et dont les enjeux dépassent largement les frontières cantonales
A Bâle‑Ville, la question des pigeons s’est imposée dans l’espace public. Ces dernières années, les autorités ont mis en place plusieurs mesures: interdiction de nourrissage, dispositifs sur les bâtiments ou encore recours à des rapaces pour les effrayer. Mais malgré cela, leur population continue de croître et reste difficile à contrôler.
C’est sur ce constat que Renée Winkler a lancé, il y a trois ans, une initiative citoyenne. « Il est urgent que quelque chose change. Les habitants sont vraiment à bout », explique‑t‑elle lundi dans le 19h30.
Ce que prévoit l’initiative populaire
La solution défendue par Renée Winkler repose sur l’installation de pigeonniers dans l’ensemble de la ville. L’idée est de détourner les pigeons des bâtiments pour les attirer vers des lieux spécialement aménagés, où leur reproduction peut être suivie. Nourris et incités à nicher dans ces structures, les oiseaux y pondent leurs œufs, qui sont ensuite remplacés par des leurres afin de limiter leurs naissances.
Cette méthode est déjà utilisée dans plusieurs villes suisses. A Berne, des pigeonniers contrôlés fonctionnent depuis des années, avec des résultats jugés positifs. Carouge et Lausanne ont également fait ce choix, cette dernière ayant installé un pigeonnier notamment dans l’église Saint‑François.
Bâle‑Ville n’est d’ailleurs pas totalement novice en la matière. La ville a déjà expérimenté des pigeonniers dans le cadre d’un projet universitaire, mené jusqu’en 2020. « Les nids sont numérotés et les pigeons peuvent être suivis individuellement. Nous leur fournissons du matériel pour qu’ils puissent s’y installer et nicher », explique Maria Rohrer, biologiste de la faune sauvage.
Le contre‑projet du Grand Conseil
Si le Parlement bâlois reconnaît l’urgence de la situation, au lieu de soutenir l’initiative populaire, il lui oppose un contre-projet. Conséquence: les électeurs devront choisir entre deux visions.
L’initiative prévoit l’installation immédiate de plus de dix pigeonniers, partout où cela est nécessaire, avec l’objectif affiché de proposer une solution durable et définitive. Elle rompt également clairement avec les méthodes de capture ou d’abattage.
Le contre-projet du Grand Conseil mise, lui, sur cinq pigeonniers seulement pour commencer, une phase d’essai de quatre ans et le maintien des pratiques existantes, de l’effarouchement à l’abattage. Une approche progressive, fondée sur la combinaison des mesures, que le législatif juge plus réaliste.
Le choc des approches
Pour le conseiller d’Etat Kaspar Sutter (PS), qui soutient le contre-projet, une approche mixte s’impose: « Il n’y aura de résultats que si l’on combine plusieurs mesures », défend-il.
Renée Winkler, en revanche, n’est pas convaincue. A ses yeux, tuer des pigeons est non seulement inutile, mais parfois même contre-productif: « Les pigeons peuvent pondre jusqu’à huit fois par an. Ils se reproduisent très rapidement. Les mesures actuelles ne suffisent pas: la population se reconstitue toujours ».
Sujet TV: Camille Lanci
Adaptation web: Miroslav Mares