L’axe ferroviaire Genève–Lausanne figure parmi les plus fréquentés de Suisse. En 2025, près de 90’000 pendulaires y voyageaient chaque jour. Invité lundi dans le 19h30, Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois en charge des transports, estime qu’il est temps que la Confédération investisse en Suisse romande.
Selon une enquête de la RTS fondée sur des données publiques, la ligne Genève–Lausanne devrait compter en mai parmi les tronçons les plus fréquentés du pays, notamment pour le train de 18h05.
>> Lire : Le train le plus rempli de Suisse circule entre Genève et Lausanne
« La métropole lémanique est l’une des régions les plus prospères de Suisse, avec une forte croissance démographique et une grande compétitivité économique, mais qui n’a pas été accompagnée par des infrastructures à la hauteur des besoins quotidiens des gens », dénonce lundi la conseillère d’Etat en charge des transports dans le canton de Vaud, Nuria Gorrite.
A la suite de la publication de l’enquête, tout en ne remettant pas en cause la forte fréquentation de l’axe Genève–Lausanne, les CFF ont toutefois contesté la méthode utilisée par la RTS. Ils estiment que les données disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un train précis serait « le plus rempli de Suisse ».
>> Voir les explications du 19h30 :
Une enquête de la RTS révèle que le Genève-Lausanne est souvent bondé / 19h30 / 2 min. / aujourd’hui à 19:30 Un sous-investissement devenu évident
Pour Pierre Maudet, l’enquête de la RTS ne fait que confirmer une réalité vécue quotidiennement par les usagers. Sans désigner un train précis comme le plus surchargé du pays, elle met en évidence une saturation chronique du réseau ferroviaire romand. « Nous avons un réseau en Suisse romande qui est dimensionné pour la Suisse d’hier, il faut maintenant investir », lance-t-il.
Au moindre incident […], c’est l’ensemble du réseau qui péclote
Pierre Maudet, conseiller d’Etat du canton de Genève en charge du département des transports
Les retards pris dans les projets d’extension de la ligne Genève–Lausanne, comme le tunnel de Morges–Perroy, posent un problème qui dépasse la seule question de la capacité, argue le conseiller d’Etat: « Au moindre incident […], c’est l’ensemble du réseau qui péclote. Il y a une tension extrêmement forte ». Une situation qui, selon lui, pèse directement sur l’économie, l’emploi et la qualité de vie des usagers.
« Objectivement, la Suisse romande a été la grande oubliée de ces dernières années, même les CFF le reconnaissent en principe », ajoute-t-il.
Repenser le rail comme un investissement
A l’approche des décisions attendues en juin au Parlement, Pierre Maudet regrette une discussion trop centrée sur les coûts. A ses yeux, les projets ferroviaires doivent être pensés comme un engagement pour l’avenir et non comme une charge à limiter.
Là, nous allons à l’asphyxie
Pierre Maudet, conseiller d’Etat du canton de Genève en charge du département des transports
« Nous avons une approche très financière, ce qui est paradoxal à une époque où la dette ne coûte pas grand-chose. Pour rependre un exemple de la médecine: là, nous allons à l’asphyxie, si le cardiologue ne se penche pas sur le cas », analyse le politicien. « Il faut un véritable débat de fond sur ce que nous voulons faire pour l’avenir de notre pays », insiste‑t‑il.
Le conseiller d’Etat reconnaît son inquiétude face au flou entretenu par l’administration fédérale, alors même que le réseau montre des signes de saturation. Il souligne également la nécessité de penser simultanément les lignes et les gares, et de raisonner à l’échelle du pays: « Nous aimerions avoir des garanties sur le fait que la gare de Lausanne, celle de Genève et le réseau des gares des agglomérations bénéficieront aussi de ces fonds ».
Des priorités à l’échelle des usagers
Pierre Maudet évoque la possibilité de mécanismes de financement anticipé, tout en soulignant les limites politiques, notamment en matière de solidarité entre cantons.
Les parlementaires vont aussi devoir se poser la question du trafic du tunnel du Grimsel
Pierre Maudet, conseiller d’Etat du canton de Genève en charge du département des transports
Au‑delà des outils financiers, il appelle surtout à un débat sur les priorités d’investissement: « Les parlementaires vont aussi devoir se poser la question du trafic du tunnel du Grimsel, qui va coûter un milliard pour environ 400’000 personnes par année, alors que le projet de métro que nous avons à Genève concerne 400’000 personnes par jour. »
Il insiste sur la nécessité de hiérarchiser les choix en fonction de la qualité de vie, de l’équilibre territorial et du poids économique des régions. « La région lémanique est quand même l’un des coins les plus prospères de notre pays », conclut‑il.
Propos recueillis par Philippe Revaz
Texte web: Miroslav Mares