En publiant leurs derniers résultats trimestriels en baisse, Novartis et Roche ont récemment invoqué la concurrence des génériques pour expliquer l’érosion de leurs revenus. En réalité, cette situation est surtout liée à l’arrivée à terme de nombreux brevets et elle devrait s’avérer temporaire.

Les deux géants pharmaceutiques se retrouvent dans une situation inédite: toute une génération de ‘blockbusters’, ces médicaments à plus d’un milliard de chiffre d’affaires annuel, commencent à tomber dans le domaine public, ce qui pèse sur leurs résultats et favorise l’arrivée de génériques sur le marché.

Le contraste est d’autant plus frappant que les chiffres de 2025 étaient excellents, dopés par des médicaments arrivés à maturité et qui se vendaient avec des marges très importantes sans grands besoins de marketing.

Des nouveautés en préparation

Le grand basculement des brevets qui arrivent à terme ne concerne pas seulement les géants bâlois, mais tout le secteur, ouvrant une période de transition pour les entreprises du secteur. Pour les producteurs de génériques, en revanche, c’est une période dorée qui s’annonce ces prochaines années.

Mais selon les spécialistes, cet état de fait n’est que temporaire, car les pharmas traditionnelles ont d’ores et déjà de nouvelles molécules dans leurs portefeuilles de produits en développement pour doper leurs résultats à court terme.

« Je pense que [Roche et Novartis] sont bien équipées pour combler ce manque », relève l’analyste Nicolas Bürki, gérant à la banque Reyl Intesa Sanpaolo. « Leur but, c’est d’inventer des nouveaux médicaments, justement parce qu’elles savent qu’à la fin, ils tombent dans le domaine public. Donc les pharmas en général ont un horizon de cinq, dix ou quinze ans. »

>> Ecouter l’interview de Nicolas Bürki : Autorisation de fabriquer des médicaments sous forme de génériques: interview de Nicolas Bürki / La Matinale / 58 sec. / aujourd’hui à 06:17 De plus en plus de consommation

Enfin, l’arrivée de nouveaux génériques ne devrait pas forcément avoir un impact positif sur le coût des médicaments en Suisse. « Il y a deux raisons », analyse Felix Schneuwly, expert dans le domaine de la santé chez Comparis: « D’un côté, on a de plus en plus de produits génériques avec des prix plus bas, mais on a aussi des nouveaux médicaments très chers. Et deuxièmement, les Suisses consomment de plus en plus de médicaments. »

Selon lui, ces brevets qui arrivent à échéance pourraient donc « freiner un peu l’augmentation des coûts, mais pas les faire baisser en général ».

Sylvie Belzer/jop