Première femme musulmane à recevoir le prix Nobel de la paix en 2003, Shirin Ebadi est devenue l’une des voix les plus emblématiques de l’opposition au régime iranien, un engagement qui l’a contrainte à l’exil. Dans le 19h30, elle exprime sa souffrance face aux bombardements et réaffirme sa foi dans un avenir démocratique.

Figure pionnière du droit en Iran, Shirin Ebadi a fait partie des toutes premières femmes à accéder à la magistrature. Présidente de tribunal avant la révolution islamique de 1979, elle est ensuite déchue de ses fonctions et reléguée à un poste administratif.

Dans les années 1990, cette avocate et militante des droits humains devient une figure centrale de la défense des droits humains, avant de recevoir le prix Nobel de la paix en 2003. Menacée, elle vit en exil à Londres depuis 2009.

Ils ont plongé l’Iran dans l’obscurité

Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003

Depuis l’exil, Shirin Ebadi continue de suivre de près la situation dans son pays. Elle dit aujourd’hui son inquiétude pour Narges Mohammadi, autre prix Nobel de la paix emprisonnée en Iran, mais aussi pour l’ensemble de la population. « Depuis des années, je suis dans la douleur et dans la souffrance pour le peuple iranien », confie-t-elle mardi dans le 19h30.

>> L’interview de Shirin Ebadi dans le 19h30 : La prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi revient sur la situation en Iran La prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi revient sur la situation en Iran / 19h30 / 4 min. / aujourd’hui à 19:30

L’avocate dénonce en outre l’isolement imposé au pays, privée d’accès à internet depuis deux mois: « Ils ont plongé l’Iran dans l’obscurité. »

Le changement viendra du peuple

Aucun événement isolé ne peut à lui seul provoquer un basculement politique en Iran, explique la lauréate au prix Nobel de la paix de 2003. Même la disparition des figures centrales du pouvoir religieux ne suffira pas, estime-t‑elle.

Le destin de chaque nation doit être décidé par son peuple 

Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003

« Le changement en Iran n’aura lieu que lorsque l’Iran tout entier descendra dans la rue et que le peuple décidera du type de régime qu’il souhaite. Le destin de chaque nation doit être décidé par son peuple, et nous attendrons que les Iraniens expriment leur volonté », argue Shirin Ebadi.

Interrogée sur la répression des forces de sécurité lors des manifestations du 8 au 9 janvier 2026, dont plusieurs organisations de défense des droits humains estiment le bilan humain entre 27’500 et 36’500 morts, Shirin Ebadi explique que l’usage d’armes de guerre contre les manifestants est précisément la raison pour laquelle « nous, les Iraniens, savons que le régime doit changer ».

>> Voir le portrait de Shirin Ebadi dans le 19h30 : Portrait de Shirin Ebadi, Iranienne, Prix Nobel de la Paix 2003 Portrait de Shirin Ebadi, Iranienne, Prix Nobel de la Paix 2003 / 19h30 / 1 min. / aujourd’hui à 19:30 Pas de transition sans Etat de droit

Concernant les frappes menées par les Etats‑Unis et Israël, Shirin Ebadi dit percevoir des signes d’affaiblissement du régime, liés notamment à la disparition de responsables des forces de répression. Elle ajoute toutefois qu’aucune intervention extérieure ne peut déterminer l’avenir politique du pays: « Ni les Etats‑Unis, ni Israël n’ont le droit d’intervenir dans le futur gouvernement iranien, c’est au peuple de décider. »

Je sais qu’un jour les choses vont changer, car la situation de ce gouvernement n’est pas tenable

Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003

Dans cette perspective, sa récente participation à un organe lancé par le fils du Shah Reza Pahlavi ne constitue pas un ralliement politique. Shirin Ebadi explique avoir accepté un rôle strictement juridique au sein d’un comité chargé de préparer les bases d’une justice de transition. « En tant que juriste, j’ai collaboré à la rédaction des principes devant permettre le rétablissement de l’Etat de droit au moment de cette transition », précise‑t‑elle.

En conclusion, Shirin Ebadi explique que son exil n’a jamais été définitif. Elle dit rester convaincue qu’un retour sera possible, dans un Iran libre et démocratique. « Le jour où j’ai quitté l’Iran, je savais que je reviendrais. Je sais qu’un jour les choses vont changer, car la situation de ce gouvernement n’est pas tenable », affirme la lauréate du prix Nobel de la paix.

Propos recueillis par Philippe Revaz

Adaptation web: Miroslav Mares