Opinion

Pour l’Europe, le succès du G7 se joue à Pékin et non à Évian

Pris en étau par la politique des droits de douane de Trump et la surproduction chinoise, l’Europe a tout à craindre du sommet Xi-Trump.

Olivier Bot L’invité Publié aujourd’hui à 06h43

Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, les dirigeants des deux premières économies mondiales, les 14 et 15 mai prochains, pourrait bien décider de l’avenir de l’Europe. Alors que Genève s’inquiète à raison de possibles débordements induits par l’organisation du G7 chez nos voisins à Évian-les-Bains, on en oublierait presque les enjeux du sommet de sept des premières puissances industrielles, au bord du lac Léman du 15 au 17 juin.

Les sept chefs d’État ou de gouvernement ne vont pas seulement aborder la question de la crise de l’énergie déclenchée par la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran, ils vont aussi parler commerce et industrie. Et sur ce point, on peut s’interroger sur les chances qu’a l’Europe de pouvoir compter sur ses alliés traditionnels face au géant chinois.

En effet, l’économie européenne souffre à la fois des taxes de douane imposées par Trump et par la surproduction de produits de consommation de la Chine. Outre l’effet direct sur les exportations et sur la pérennité de l’industrie en Europe, les taxes Trump ont réorienté une partie des produits chinois, notamment à bas coût, vers le marché européen.

L’atonie du marché intérieur chinois a conduit Pékin à des surplus commerciaux de plus de 315 milliards de francs pour un excédent commercial de 1050 à 1080 milliards de francs suisses l’an dernier. Et cette orientation ne va pas changer si l’on en croit le plan quinquennal (2026-2030) dévoilé en mars par l’Assemblée populaire, qui maintient une politique de l’offre et prévoit aussi de parvenir à une autonomie technologique alors que l’Europe a pris du retard sur les dernières innovations et manque de certaines ressources essentielles.

Si un des succès de Trump aura été de diviser par deux le déficit commercial des États-Unis avec la Chine (passant de près de 400 à 200 milliards de dollars) en lui imposant des taxes, il est possible que les deux grandes puissances trouvent un accord sur des droits de douane plus faibles comme sur l’accès aux terres rares, désormais essentielles aux industries de pointe, comme à la téléphonie, à l’IA ou à l’automobile.

C’est tout l’enjeu du sommet à Pékin les 14 et 15 mai prochains. Et si un accord est trouvé à Pékin, l’Europe n’a guère de chance de trouver à Évian des alliés, à commencer par les États-Unis, pour défendre son marché et son industrie face à l’ogre chinois.

L’automobile en danger

Alors que Trump a annoncé, en ce mois de mai, sa volonté de porter les taxes sur les automobiles européennes de 15 à 25%, si la Chine obtient un taux de 10% sur ses produits, ce qu’elle estime raisonnable, c’est toute l’industrie automobile européenne qui va souffrir, à la fois d’un moindre débouché sur le marché américain et de la concurrence chinoise à l’export comme sur son marché intérieur. Alors que la crise de l’énergie et les retards pris sur le marché de la voiture électrique handicapent déjà cette branche industrielle traditionnellement exportatrice.

Pour défendre leur industrie, les pays d’Europe seuls ne peuvent pas grand-chose. Et que dire des pays du Vieux-Continent hors UE. Il leur faudra l’appui des autres membres du G7, des États-Unis mais aussi de la Corée du Sud ou du Japon, qui ont, comme l’Allemagne ou la France, besoin de protéger leur industrie, notamment automobile.

C’est une des raisons qui fait que le Sommet d’Évian est capital, sauf si Washington et Pékin décident de s’entendre dans le dos des Européens pour finalement les écraser et les rendre dépendants à jamais de l’un et de l’autre.

Homme en manteau sombre appuyé sur une rambarde près d’un canal à Genève, avec un panneau ’Danger de mort’ visible en arrière-plan.

Journaliste

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