Les importations européennes de GNL américain ont plus que triplé entre 2021 et 2025. Si bien que les États-Unis assurent, et de loin, la majorité des besoins de l’Europe. Les importations de gaz russe atteignent par ailleurs des records, portées par la demande française.
La quête de diversification énergétique de l’Europe a échoué. Initiée à la suite de l’invasion russe en Ukraine en 2022, afin de ne pas financer l’effort de guerre de la Russie et de sortir de la dépendance historique au gaz russe, elle s’est soldée par un ajustissement au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, selon une étude de l’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA) publiée ce mercredi.
Les importations européennes de GNL américain ont plus que triplé entre 2021 et 2025, passant de 29,8 milliards de mètres cubes à 99,5 milliards de mètres cubes (m3) en 2025. Elles ont ainsi représenté plus de la moitié (58 %) de l’approvisionnement du Vieux Continent l’année dernière, contre moins d’un tiers (28 %) en 2021.
Les États-Unis ont assis, en l’espace de quatre ans, leur position de plus gros fournisseur de GNL de l’Europe. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)
Cette part a même encore augmenté au premier trimestre 2026 (63 %), en raison de la guerre au Moyen-Orient qui parasite les exportations provenant du golfe. Si bien que l’IEEFA prévoit que l’Europe importera les deux tiers de son GNL des États-Unis cette année.
« Le passage du gazoduc au GNL en Europe était censé garantir la sécurité d’approvisionnement et diversifier les sources d’énergie. Or, les perturbations causées par la guerre au Moyen-Orient et une dépendance excessive au GNL américain démontrent que le plan européen a échoué sur les deux plans », relève Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste principale en énergie pour l’Europe à l’IEEFA.
Le GNL russe à un niveau record
Malgré la volonté de l’Europe de se passer définitivement du gaz russe, celui-ci continue d’affluer. La Russie est toujours le deuxième fournisseur de GNL des pays européens. Son poids a toutefois baissé : le pays assurait 17 % de l’approvisionnement européen en 2021 contre 12 % en 2025.
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Reste que les volumes de GNL importés par l’Europe de Russie ont augmenté. Ils se sont élevés à 20,4 milliards de m3 l’année dernière contre 17,5 milliards de m3 quatre ans plus tôt. Ces niveaux ont même atteint un record de 6,9 milliards de m3 au premier trimestre 2026, du jamais vu depuis 2022.
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Le poids de la Russie dans les importations européennes de GNL a baissé entre 2021 et 2025 bien que les volumes aient augmenté. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)
Les importations de GNL russe sont tirées par la France, qui a importé à elle seule 41,5 % des volumes en 2025. Suit ensuite la Belgique (28 %), l’Espagne (19 %) et les Pays-Bas. À eux quatre, ces pays totalisent 98,5 % des importations de GNL russe de l’année dernière.
Ce quatuor a continué à doper les envois russes sur le premier trimestre 2026. La France a même « importé plus de GNL russe que tout autre pays européen » entre janvier et mars, avec un record atteint en janvier, selon le centre de réflexion.
La guerre en Iran rebat les cartes
La bataille est lancée pour la place de troisième plus gros fournisseur de GNL de l’Europe. Occupée par le Qatar et l’Algérie en 2025 (avec chacun 7 % des approvisionnements totaux), elle leur a été chipée par le Nigeria sur le premier trimestre 2026.
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Les importations européennes de GNL qatari ont chuté en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz depuis fin février, limitant les exportations du pays. Le Nigeria a ainsi assuré 7 % des approvisionnements européens entre janvier et mars, contre 6 % pour le Qatar et 5 % pour l’Algérie.
« La guerre au Moyen-Orient a accru la dépendance de l’Europe envers ses deux principaux fournisseurs de GNL, les États-Unis et la Russie. La crise énergétique de 2026 démontre que tant que les pays européens privilégieront le gaz, ils devront assumer les risques géopolitiques qui en découlent », souligne Jaller-Makarewicz.
Le paradoxe du sevrage
« La crise énergétique actuelle a incité les Européens à redoubler d’efforts pour réduire leur dépendance au gaz importé, notamment grâce à la nouvelle stratégie AccelerateEU de l’UE », relève l’IEEFA. C’est pourquoi le centre de réflexion prévoit que la consommation de gaz en Europe pourrait continuer de diminuer cette année et chuter de 14 % entre 2025 et 2030. Par conséquent, la demande de GNL pourrait elle aussi baisser – d’environ 23 % sur la même période –, ce qui permettrait de réduire son exposition aux risques géopolitiques.
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Reste que les pays européens prévoient toujours de construire davantage de terminaux méthaniers. Si bien qu’en cas de baisse avérée de la demande, ces infrastructures risquent d’être sous-utilisées. Selon l’IEEFA, la capacité d’importation de GNL de l’Europe en 2030 pourrait ainsi dépasser sa demande totale de gaz et tripler sa demande de GNL.
« L’Europe n’a peut-être aucun contrôle sur les perturbations de l’approvisionnement en GNL, mais elle peut améliorer son efficacité énergétique et accélérer le déploiement des énergies renouvelables et des pompes à chaleur afin de réduire sa dépendance aux importations », rappelle Jaller-Makarewicz. Et ainsi passer des paroles aux actes en somme.