Pourquoi les moustiques piquent plus certaines personnes que d’autres

Un cocktail chimique mêlant odeurs corporelles, CO₂ et chaleur explique l’attraction inégale de ces nuisibles.

Publié aujourd’hui à 14h03

Une femme se gratte la jambe après une piqûre de moustique, avec une réaction allergique visible et une rougeur enflée sur la peau.

Les humains attirent les moustique par de multiples signaux sensoriels, principalement les odeurs corporelles, le dioxyde de carbone de l’haleine et la chaleur.

IMAGO/Zoonar

Pourquoi certains humains sont-ils des «aimants à moustiques» quand d’autres semblent épargnés? Un cocktail chimique complexe et variable est au cœur de cette inégale attraction, estiment les scientifiques, qui travaillent encore à décrypter ses mécanismes.

«Sur un peu plus de 3500 espèces de moustiques connues, une centaine piquent les humains et une demi-douzaine sont vectrices de maladies»: paludisme, dengue, fièvre jaune, chikungunya, West Nile, etc., expose à l’AFP Frédéric Simard, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), dans le sud-est de la France.

Et «ce n’est pas une idée reçue: on n’est pas tous égaux face à l’appétit des moustiques. Mais on n’est pas un aimant tout le temps», ajoute cet entomologiste médical.

La triade odeur, chaleur et CO₂

Les humains attirent ces minuscules vampires, dont le désormais fameux moustique tigre, par de multiples signaux sensoriels, principalement les odeurs corporelles, le dioxyde de carbone de l’haleine et la chaleur, s’accordent à penser les scientifiques. Les femelles moustiques – seules à piquer – les détectent par des récepteurs et choisissent leur cible en conséquence.

«Nous savons depuis plus de cent ans que les moustiques sont attirés par le dioxyde de carbone que nous expirons: c’est le premier signal déclenchant leur comportement, à plusieurs dizaines de mètres», expose à l’AFP Rickard Ignell, dernier auteur d’une récente étude sur les fondements chimiques de l’attraction différentielle des moustiques pour l’odeur humaine.

À environ 10 mètres, «les moustiques commencent à détecter notre odeur qui, combinée au CO₂, les attire encore plus», poursuit ce scientifique suédois. À courte distance, d’autres facteurs entrent en jeu, comme les variations d’humidité et de température corporelle.

L’odeur, «soupe de molécules produite par notre microbiote»

Plusieurs idées reçues sur ce qui attire ces diptères sont battues en brèche. «La différence entre groupes sanguins n’a pas de base scientifique solide: il y a eu quelques travaux mais sur très peu de gens. Ce n’est pas davantage lié à la couleur de la peau, des yeux ou des cheveux», égrène notamment l’expert de l’IRD.

Une clef majeure d’attraction est bien l’odeur, «soupe de molécules produite par notre microbiote et plus ou moins alléchante pour les moustiques», résume cet entomologiste. Les humains émettent entre 300 et 1000 composés odorants différents, ont montré différentes études, mais les scientifiques commencent seulement à mieux cerner ceux qui allèchent les suceurs de sang.

«Les moustiques sont des créatures fascinantes»

Pour l’étude à laquelle Rickard Ignell a participé, les chercheurs ont évalué en laboratoire la différence d’attractivité de 42 femmes pour des moustiques Aedes aegypti, cousins des moustiques tigres et possibles vecteurs de fièvre jaune ou de dengue.

«Nous avons montré qu’un mélange de composés odorants (nous en avons identifié 27 que ces moustiques peuvent détecter) joue sur le degré d’attraction», rapporte le scientifique. Et «les femmes les plus attirantes pour les moustiques, particulièrement celles au deuxième trimestre de grossesse, produisaient un peu plus d’un composé issu de la dégradation du sébum».

Qu’une si petite augmentation de la dose libérée pour ce composé (1-octen-3-ol, ou alcool de champignon) change le comportement de ces insectes a été l’une des surprises, raconte Rickard Ignell, glissant que «les moustiques sont des créatures fascinantes».

Boire de la bière joue sur l’odeur et le C02 émis

Boire de la bière, ce qui augmente la température corporelle, la quantité de CO₂ expirée et modifie les odeurs cutanées, peut aussi contribuer à les attirer davantage, selon certaines études.

L’une, standardisée, menée au Burkina Faso avec des volontaires ayant bu une bière locale puis quelques jours après la même quantité d’eau, a montré que le moustique Anopheles, principal vecteur du paludisme, se dirigeait davantage vers les odeurs des buveurs de bière.

L’autre, moins robuste, a été menée en août 2023 dans un festival de musique aux Pays-Bas auprès de 465 volontaires ayant glissé leur bras dans des cages avec des femelles Anopheles: ceux qui avaient bu de la bière les 12 h précédentes étaient 1,35 fois plus attractifs. 

La menace croissante du moustique tigre

Ces mécanismes d’attraction alimentent des recherches croissantes alors que la menace sanitaire liée à certains moustiques s’étend. Le moustique tigre notamment progresse dans des zones où il n’était pas endémique, avec le réchauffement climatique, l’urbanisation et la mondialisation.

«Le risque touche de plus en plus de gens, de plus en plus aussi de pays où il y a de l’argent pour se protéger, donc ça génère des financements et des résultats de recherche», observe Frédéric Simard.

Lorsque les moustiques rôdent, se protéger des piqûres reste fortement recommandé: vêtements longs et amples, moustiquaires, répulsifs… «Et essayez de manger léger, doucement avec l’alcool.»

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