Les Patriot n’ont pas fini de tourmenter la Suisse. Ces systèmes de défense sol-air, dont la Confédération en attend cinq en provenance des Etats-Unis depuis 2022 sans savoir quand elle les recevra, devraient figurer à l’ordre du jour de la séance hebdomadaire du Conseil fédéral, ce mercredi. Plus précisément, il devrait être question de l’incertitude concernant leur livraison et des surcoûts impliqués. Selon le Tages-Anzeiger, la facture pourrait être multipliée par deux à l’arrivée.

Voilà plusieurs mois que le sujet crispe. A l’été 2025, les Etats-Unis avaient fait savoir que la commande helvétique serait honorée avec du retard. Une question de priorités, «revues en vue de soutenir l’Ukraine», justifiaient-ils alors. Puis la guerre en Iran a éclaté. Ce qui était présenté comme une opération militaire éclair s’est transformé en bourbier. Deux mois et demi après le déclenchement des hostilités, les négociations de paix restent dans l’impasse.

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L’armée américaine, elle, s’inquiète de l’amenuisement de ses munitions, alors qu’elle a déjà eu recours – d’après le New York Times – à plus de 1200 missiles intercepteurs Patriot, à quelque 4 millions de dollars l’unité. Face à cette situation, Washington se montre d’autant moins enclin à fournir son matériel à l’étranger.

Paiements suspendus depuis l’automne

Cela impacte plusieurs pays européens, à commencer par la Suisse. Acquis par le biais du Foreign Military Sales Program (FMS), le programme permettant aux États-Unis de vendre du matériel militaire à des pays alliés ou partenaires, les cinq systèmes Patriot désirés par Berne devaient initialement arriver d’ici 2030. Le retard, jusqu’à présent évalué à cinq ans, est désormais estimé entre cinq à sept ans. Début avril, le Conseil fédéral jugeait le calendrier «incertain».

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A tel point que le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a suspendu en septembre dernier ses paiements, les conditionnant à l’obtention d’informations fiables quant à la date et au volume des livraisons. Le DDPS envisage par ailleurs de se tourner vers un autre système de défense sol-air. Trois alternatives ont été évoquées: le Samp/T d’Eurosam d’origine européenne (à l’efficacité prouvée au combat mais moins mature que les Patriot), le David’s Sling israélien (mais également largement utilisé dans le conflit au Moyen-Orient) et le L-SAM sud-coréen (dont l’usage est encore faible). Les producteurs doivent se prononcer d’ici à la fin mai sur le prix ainsi que les délais et conditions de livraison en Suisse.

Déjà 750 millions de francs d’acomptes versés

De son côté, le ministre de la Défense, Martin Pfister, est allé jusqu’à évoquer publiquement la possibilité d’abandonner purement et simplement le projet américain. L’option est risquée, car à ce stade la Suisse a déjà versé 750 millions de francs d’acomptes et on ignore comment les Etats-Unis réagiraient – accepteraient-ils un remboursement, ou toute autre solution financière? -, dans un contexte diplomatique tendu entre les deux pays. Le Tages-Anzeiger a récemment révélé que l’administration Trump avait menacé Berne de représailles au cas où les liquidités liées à l’armement venaient à trop baisser.

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Le Conseil fédéral se trouve face à un choix cornélien: affronter la pression américaine, quitte à s’exposer à des conséquences majeures, ou accepter la posture d’attente, avec les répercussions que cela implique. D’après le Tages-Anzeiger, le DDPS prévoit que l’addition relative aux systèmes Patriot atteigne 4,6 milliards de francs, soit le double du prix initial. A titre de comparaison, souligne le quotidien zurichois, cette somme correspond peu ou prou à la treizième rente AVS qui sera versée annuellement à l’échelle nationale à partir de décembre. C’est dire l’ampleur de l’enjeu.

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