Les stars du cinéma français ne font pas le pont et vont défiler sur le tapis rouge ce jeudi à la faveur de la première d’Histoires Parallèles, le nouveau film d’Asghar Farhadi.
Le Festival de Cannes ne fait pas le pont de l’ascension. Et pour convaincre les festivaliers de ne pas perdre en ferveur, les organisateurs ont prévu un défilé impressionnant de stars sur le tapis rouge de ce jeudi 14 mai, à commencer par le film choral du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Histoires Parallèles réunit le gotha du septième art français : Vincent Cassel, Virginie Efira, Pierre Niney, Isabelle Huppert.
L’HISTOIRE DU JOUR
La leçon d’élégance de Peter Jackson
Peter Jackson en pleine masterclass, mercredi 13 mai.
Haedrich Jean-Marc/Pool/ABACAPRESS.COM
Lors de sa masterclass du mercredi 13 mai, le réalisateur néo-zélandais du Seigneur des anneaux a fait sensation en remettant sa chemise du photocall de la veille. Peter Jackson a régalé le public en racontant ses déboires vestimentaires lors de sa première venue sur la Croisette en 1988. Il présentait son premier film Bad Taste. Mais impossible pour lui de récupérer son badge. Les vigils ne l’ont pas laissé entrer dans le palais car il portait un short. Devant une assistance hilare, il a confié avoir été tenté, mardi lors de la cérémonie d’ouverture, de tester la patience du protocole en venant en veste de smoking et en shorts ! Le cinéaste a aussi un petit mot encourageant envers les fans de Tintin. Peter Jackson n’a pas fermé la porte à la suite des adaptations des aventures du héros de Hergé. Il est en train d’écrire le scénario d’un second film, qu’il compte bien mettre en scène.
Le câble de la discorde
Le site spécialisé américain Deadline rapporte que la projection de La Vénus électrique a été perturbée par des petits bruits répétés. Le journaliste comme Pierre Salvadori ont pu entendre ces «bips, bips» persistants pendant une quarantaine de minutes. Le réalisateur était inquiet et redoutait que ce son désagréable ne provienne d’une erreur dans la bande-son de son film. Mais le vrai coupable a fini par être démasqué : un câble ayant servi à la retransmission en direct sur France Télévisions était toujours branché !
ENTENDU À CANNES
« Les films dits apolitiques sont les plus politiques. Nous vivons une époque sombre. Comme l’a dit Shakespeare dans Le Roi Lear, “les fous guident les aveugles”. Susan Sarandon, Javier Bardem et Mark Ruffalo sont boycottés par les studios en raison de leur opposition au meurtre de femmes et d’enfants à Gaza. […] Honte à Hollywood (…) et respect et solidarité avec eux. Ils sont les meilleurs d’entre nous »
Paul Laverty, scénariste de Ken Loach, et membre du jury de Park Chan-wook
LES TEMPS FORTS AUJOURD’HUI
Nouveau triomphe en vue pour Sandra Hüller ?
18 heures. La comédienne allemande, star d’Anatomie d’une chute, sera de retour sur la Croisette avec le drame en lice pour la palme d’or Fatherland du réalisateur virtuose du noir et blanc Pawel Pawlikowski. Le metteur en scène polonais avait été primé pour Ida sur le retour de l’écrivain Thomas Mann en Allemagne en 1945. Dans Fatherland, Sandra Hüller campe sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye. Au volant d’une Buick noire, le père et la fille entreprennent un voyage éprouvant dans un pays qu’ils ont fui, seize ans plus tôt, lors de la prise de pouvoir du parti nazi. De Francfort, sous domination américaine, jusqu’à Weimar, contrôlée par les Soviétiques, ils traversent une Allemagne en ruine, coupée en deux par la guerre froide. Sandra Hüller a connu un début d’année foudroyant, avec le succès au box-office du blockbuster de science-fiction Projet dernière chance . Elle a aussi reçu le prix de la meilleure interprétation au Festival de Berlin pour Rose . Pourrait-elle faire de même à Cannes et envisager de devenir une des favorites de la course aux Oscars ?
La crème de la crème du cinéma tricolore chez Asghar Farhadi
20h30. Montée des marches et projection du mystérieux Histoires Parallèles , d’Asghar Farhadi, second film en compétition de ce jeudi. Interdit de tourner en Iran, le cinéaste a réuni une constellation de stars françaises (Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Pierre Niney, Virginie Efira, Vincent Cassel, Adam Bessa) pour raconter «plusieurs histoires qui mêlent un coin de Paris, de gens qui se regardent d’un immeuble à l’autre, des destins qui se croisent», a indiqué Thierry Frémaux. Ce film choral avait un temps été présenté, à tort, comme un récit des attentats du Bataclan.
Rencontrée au Festival du film de Marrakech en décembre dernier, Virginie Efira avait catégoriquement démenti au Figaro. «Pas du tout. “Histoires Parallèles” est un film qui dialogue beaucoup avec “Brève Histoire d’Amour” de Kieslowski. Isabelle Huppert campe une romancière qui mate ce qui se passe chez les gens d’en face. Et qui écrit sur ce qu’elle voit, ce qu’elle imagine. Cette fiction va perturber la vie réelle. C’est un film qui interroge le point de friction et de rencontre entre le réel et la fiction», avait résumé Virginie Efira.
Une odeur de soufre avec Les Diables
Un événement pour cinéphiles avertis. Voilà cinquante ans que Les Diables (1971) du Britannique Ken Russell trône au panthéon des films controversés du septième art, en raison de sa violente charge contre les dérives passées de l’Église et d’une série de scènes où se mêlent le macabre et le sexuel, le sacré et le vulgaire. Un cauchemar baroque à même de défriser le bourgeois et, en l’occurrence, les festivaliers. Jeudi soir à 21h15, ceux-là auront le privilège de visionner, lors d’une projection dans la section patrimoniale Cannes Classics, la version intégrale de ce brûlot porté par le charismatique Oliver Reed et inspiré de l’affaire des possédées de Loudun, sous le règne de Louis XIII. Depuis sa sortie en salle, le long-métrage se trouvait amputé de ses deux séquences les plus osées, restées quasi invisibles. Warner les ajoute à ce nouveau montage, destiné à une reprise dans les salles américaines. Les Diables ressort de sa boîte
Un peu de légèreté grâce au Roi-Soleil
Artus en Cyrano de Bergerac ? Franck Dubosc, tout juste césarisé en D’Artagnan ? C’est l’audacieuse promesse de la comédie Les Caprices de l’enfant roi de Michel Leclerc (Le nom des gens) . Le film, projeté hors compétition dans la section Cannes Première à 21 heures, s’inscrit dans la tradition grand public du récit de cape et d’épée à la française et imagine un Louis XIV encore adolescent, que sa mère la Régente Anne d’Autriche envoie se cacher, pour échapper à La Fronde, au sein de la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et Molière. «Tandis que Madeleine et Cyrano se découvrent une passion commune pour le jeune Molière, Louis découvre la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil», promet le synopsis.
HIER SOIR AU PALAIS DES FESTIVALS
Émotion avec la projection de L’Abandon
Le réalisateur Vincent Garenq retrace avec une grande justesse les onze derniers jours du professeur Samuel Paty, décapité pour avoir montré les caricatures de Mahomet. Le film est en salle et a été présenté hors compétition à Cannes. «Vincent Garenq décrit la nocivité des réseaux sociaux, l’irresponsabilité des différents services de police et l’incrédulité des protagonistes. Aucun n’imagine que le pire peut arriver. Une capuche remontée, un coup d’œil dans la rue avant de sortir ou le marteau glissé dans le sac suffisent à comprendre que Samuel Paty a peur. Et l’on a peur pour lui. On a surtout le souhait que ce grand film fasse réfléchir sur la course au clic, la rumeur et les extrémismes», note dans sa critique notre journaliste Florence Vierron.
À lire aussi
Notre critique de L’Abandon, le meilleur du cinéma pour rendre hommage à Samuel Paty