La dimension acquise en Suisse par les fanfares, harmonies et brass bands n’a que peu été étudiée. « La musique pour instruments à vent est souvent considérée comme démodée », explique Yannick Wey, musicologue à la Haute école des arts de Berne (HKB), dans un entretien avec Keystone-ATS. Ce cliché a également compliqué ses recherches: pour les musicologues, ce type de musique a longtemps été considéré comme ne relevant pas du « grand art ».
Pourtant, les instruments à vent jouent un grand rôle dans la vie de tous les jours en Suisse. De la fête de village à la réception de hauts dignitaires étrangers, de nombreux événements ne sont pas envisageables sans la musique pour vents. Elle ne fait pas qu’accompagner ces événements; sans elle, ils ne seraient pas complets, souligne Yannick Wey.
L’Eintracht Zaeziwil défile en juin 2011 à la Fête fédérale de musique de Saint-Gall. [Keystone – Regina Kuehne] Un monde différent
Une chose est sûre: un membre des premières sociétés musicales suisses serait très surpris en écoutant ce qui se passe aujourd’hui. Déjà face au nombre des musiciens: à l’époque, une petite société comptait une douzaine de personnes, une grande une trentaine. Aujourd’hui, il n’est pas rare que de grosses formations rassemblent une soixantaine de musiciens sur scène.
En outre, les musiciens de jadis seraient étonnés de l’aspect visuel des fanfares, avec leurs uniformes assortis et colorés ou encore leurs directeurs brandissant leurs baguettes.
Les quelques sources existantes relèvent en outre qu’il y a 200 ans, les musiciens étaient principalement de jeunes hommes en âge de faire leur service militaire. Les femmes étaient une exception, même si certaines sources font mention d’ensembles familiaux itinérants ou de clarinettistes connues. De nos jours, la diversité est plus grande en termes d’âge et de sexe, relève Yannick Wey.
La fanfare municipale d’Olten défile en juin 2011 lors de la Fête fédérale de musique à Saint-Gall. [Keystone – Regina Kuehne] Des « précurseures »
Les instruments sont en outre beaucoup plus standardisés. Il y a quelques dizaines d’années, ils étaient en pleine mutation. Les trompettes à trois pistons, telles qu’on les connaît, commençaient tout juste à être développées. Les clarinettes avaient nettement moins de clés que les instruments modernes et un système de doigté différent.
Les fanfares et les musiques militaires – souvent, une seule et même société musicale remplissait ces deux fonctions – ont été parmi les premières à adopter ces innovations. Elles ont été, selon le mot de Yannick Wey, les « précurseures » d’instruments qui ne se sont souvent imposés que bien plus tard dans les orchestres établis.
Dans ce contexte, le musicologue ne craint pas une disparition des fanfares, si souvent annoncée. Selon lui, les phénomènes culturels connaissent des phases d’essor et de déclin. « Les statistiques des dix ou vingt dernières années ne m’inquiètent pas encore », assure le chercheur. Certains ensembles perdent certes des membres, mais il existe aussi des contre-exemples. La Stadtmusik Aarau, par exemple, dont Yannick Wey fait lui-même partie, a connu un rajeunissement ces dernières années.
La Stadtmusik d’Aarau, photographiée ici lors de la 56e Fête fédérale de tir, le 4 juillet 2010. [Keystone – Georgios Kefalas]