Opinion
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Un salaire digne ne se négocie pas
Membre du comité unitaire pour les initiatives pour un salaire minimum vaudois, notre invitée rappelle les enjeux.
L’invitée
Joëlle Minacci – Députée Ensemble à gauche
Publié: 13.05.2026, 06h44
Dans le canton de Vaud, 20’300 personnes vivent dans la précarité alors qu’elles travaillent. Pour joindre les deux bouts à la fin du mois, elles doivent recourir à l’aide sociale, aux PC familles ou encore aux subsides. En somme, lorsque l’employeur paie en dessous du seuil de l’aide sociale, l’État compense le manque à gagner et c’est donc la collectivité qui subventionne la sous-enchère salariale.
Avec la double initiative pour un salaire minimum, nous, comité unitaire regroupant partis de gauche et syndicats, voulons que les salaires du canton ne puissent plus être inférieurs au seuil de l’aide sociale. Parce que toute personne doit pouvoir vivre dignement de son travail.
Le salaire minimum a fait ses preuves partout où il a été introduit. Les modèles genevois et neuchâtelois ont montré que la primauté du salaire minimum sur les conventions collectives de travail (CCT) décuple son efficacité. Ces cantons observent une diminution conséquente des travailleurs pauvres, en particulier chez les femmes et les personnes étrangères. Neuchâtel observe une baisse du recours à l’aide sociale et une diminution du chômage.
Alors que le salaire minimum produit un cercle vertueux où la pauvreté diminue et l’économie est renforcée, le Conseil d’État propose un contre-projet qui s’inscrit dans la droite ligne des attaques historiques des milieux patronaux et bourgeois contre les salaires minimaux en Suisse. Les CCT sont exclues du salaire minimum cantonal et le Conseil d’État affaiblit la portée de ce dernier partout où c’est possible. Le choix d’exclure des secteurs entiers, comme l’hôtellerie-restauration, constitue un renoncement clair à l’objectif social du salaire minimum. Présenté comme un compromis, le contre-projet permet à la majorité bourgeoise de proposer à la population un salaire minimum vidé de sa substance. Un tour de passe-passe dont l’objectif est d’empêcher que l’initiative soit acceptée et qu’une politique sociale digne de ce nom voie le jour dans notre canton.
Risques fantasmés
Pire encore, les partisans du contre-projet jouent sur des risques fantasmés, alors que les exemples de Genève et Neuchâtel, appuyés par des études scientifiques menées dans le canton de Genève, ont démontré que ces risques ne se sont jamais produits.
Le Conseil d’État met sciemment de côté la dimension sociale du salaire minimum, sa capacité à réduire la pauvreté tout comme le recours aux prestations sociales. Dans une posture dogmatique, il le considère comme une contrainte pour le patronat qu’il faut limiter au maximum, quoi qu’il en coûte pour les travailleurs pauvres du canton, et quoi qu’il en coûte pour l’État qui compense les bas salaires avec les prestations sociales.
Mais la décision reviendra aux citoyennes et aux citoyens du canton de Vaud le 14 juin prochain. Un vote pour la double initiative qui leur permettra de décider d’un salaire digne pour toutes et tous.
Députée Ensemble à Gauche
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