Le financement de ses activités est pour l’Église catholique romaine Genève (ECR) une préoccupation centrale. Sur dix ans, elle a perdu en effet environ 50% de ses donateurs. Une stratégie poussée de recherche de fonds – qui a déjà fait ses preuves – a donc été mise en place et, depuis mai, un nouvel accent est posé sur la jeunesse. Entretien avec Guylaine Antille, responsable du service.
Depuis 2008, Guylaine Antille œuvre à trouver des financements pour l’ECR, une tâche essentielle dans un canton où prévaut la séparation entre l’Église et l’État et où seule la générosité des fidèles assure le fonctionnement de l’institution.
Au départ, se souvient-elle, elles n’étaient que deux employées au département information et recherche de fonds, avec une seule campagne marketing par an. Depuis, l’équipe s’est étoffée, et le 4 mai 2026 elle s’est encore consolidée avec l’engagement à 40% de Morgane Barbey, passant à cinq personnes engagées à temps partiel. La jeune femme est chargée de développer les réseaux sociaux, Instagram en particulier, pour atteindre les jeunes.
«Le virage du digital doit être pris de manière beaucoup plus musclée pour pallier la perte de nos donateurs plus âgés», explique Guylaine Antille. L’âge moyen des fidèles et des donateurs de l’Église est relativement élevé, ce qui contribue à une érosion progressive du nombre de donateurs.
Guylaine Antille, responsable de la recherche de fonds pour l’Église catholique Genève, à la Maison d’Eglise © Lucienne Bittar
Papier, web et réseaux sociaux
Le Service Développement et Communication crée et gère dix campagnes par an de recherche de fonds. «Elles se déclinent sur 360°, sur tous ses canaux à la fois, papier, web et réseaux sociaux», explique leur responsable.
Guylaine Antille s’occupe plus particulièrement du volet «papier», avec des lettres de demandes de dons quasi mensuelles et l’envoi régulier du magazine Regard confectionné par Silvana Bassetti, référente de l’information. Ces courriers sont adressés à ceux qui ont fait un don à l’Église au cours des quatre dernières années et, une fois par an, à Noël, à toutes les personnes inscrites dans la base de données de l’ECR suite à leur baptême, mariage, etc.
Inspiré par l’année saint François d’Assise, le fil conducteur 2026 est celui des «saints», où plutôt des sujets qui les ont mobilisés, comme la sauvegarde de la Création. Avec des petits cadeaux à la clé. «Pour la campagne sainte Claire, nous avons prévu d’offrir un tapis d’ensemencement d’où germera un mélange de fleurs.»
Pamela Séchaud, pour sa part, gère le côté digital des campagnes, via des newsletters bimensuelles, ainsi que des campagnes spécifiques lors d’événements particuliers, comme le temps du Carême ou le Giving Thuesday, pendant solidaire du Black Friday axé sur la consommation.
Enfin, grande nouveauté, Morgane Barbey relayera bientôt le tout sur les réseaux sociaux. Cependant son rôle ne s’arrêtera pas là, car l’ECR entend bien renforcer sa présence auprès des plus jeunes via les réseaux sociaux.
Le visage d’une Église vivante et jeune
«Nous savons qu’il existe un regain d’intérêt pour l’Église chez les jeunes, comme le montre le nombre accru de demandes de baptême, précise Guylaine Antille. Ils ne visitent pas pour autant notre site et ils ne sont pas encore sur nos listes d’adressage. Pour les toucher, il faut aller les chercher par d’autres canaux.»
«Nous voulons mettre en évidence sur Instagram ou Linkedin tout ce que fait l’Église, pour refléter une Église vivante, authentique, poursuit-elle. Cela va demander plus de coordination avec les paroisses. Morgane ira jouer les reporters sur le terrain, pour rapporter des images, des émotions, et rendre l’Église plus accessible aux jeunes.»
Guylaine Antille
Diplômée en Sciences politiques, mère de trois enfants aujourd’hui adultes et maire de la commune de Bernex (GE), Guylaine Antille a débuté sa carrière dans le domaine de la prévention des toxicomanies en Valais. Depuis 2008, elle travaille à l’ECR (avec juste cinq ans d’interruption) où elle assure la direction du Service, développement, communication et recherche de fonds. LB
Toutes les campagnes d’ailleurs, même les plus clairement estampillées «appel au don», sont ancrées dans une démarche pastorale et cultuelle, pour rester collé à la mission de l’Église. Elles sont pensées par le groupe Commission Campagnes - dans le cadre du budget alloué à la recherche de fonds par l’association de l’ECR -, en coordination avec Frédéric Colleoni, secrétaire général de l’ECR, puis validée par le Bureau de la conduite pastoral, et donc par Fabienne Gigon, représentante de l’évêque.
L’indispensable et rentable appel au don
En 2024, les campagnes ont rapporté plus de 1,6 millions de francs à l’ECR. Or ce chiffre baisse constamment depuis dix ans, car le nombre des donateurs a été divisé par deux. En cause le vieillissement de la population principalement (décès, entrées en EMS), mais aussi des demandes de retrait des fichiers de l’ECR. «Nous avons eu une grosse vague en ce sens en 2023, à la sortie de l’enquête sur les abus sexuels en Église. Les demandes d’apostasie, qui relèvent du droit canon, ont par contre été plus rares.»
Mais dix campagnes par an, n’est-ce pas trop? N’y a-t-il pas un risque de lassitude du côté des donateurs? «Cela arrive, mais on s’est rendu compte que sans appels au don, il n’y a pas d’entrées. Nos donateurs sont fidèles et généreux quand on fait appel à eux. Le don moyen est élevé comparativement à d’autres associations.» Or chaque envoi postal, toutes charges comprises, coûte à l’Église un franc par donateur. La stratégie se révèle donc rentable.
Catholiques avant tout, mais de tous bords
«Certaines thématiques présentées ont plus de succès que d’autres, remarque Guylaine Antille. C’est le cas de tout ce qui touche aux personnes fragilisées dans leur santé. Cela s’explique par le fait que notre public lui-même est plutôt âgé. Et ceux qui ont des parents qui vieillissent, attachés à l’Église, sont conscient des bénéfices que représentent pour eux les visites à domicile ou en EMS des aumôniers, de ces accompagnements spirituels.»
Par contre, ça se crispe un peu quand l’ECR choisit de parler de migrants et de réfugiés, ou encore des personnes LGBTI, même si «nos donateurs sont le plus souvent heureux d’avoir une Église accueillante», témoigne la responsable de recherche de fonds.
«L’Église, par définition, est universelle, fait-elle encore remarquer, et nous devons être sur tous les terrains. Tout le spectre politique et social est représenté à Genève. De l’extrême gauche à l’extrême droite, des très pauvres aux très riches. En plus, dans notre canton, les catholiques sont issus en grande part de la migration. Nous nous adressons à un public varié et il m’est donc difficile de catégoriser nos donateurs.»
Les grands donateurs
En dehors de ces campagnes pour les donateurs ‘ordinaires’, l’ECR mène une politique de recherche de fonds appuyée visant les fondations, près de 500 grands donateurs et des legs, avec Audrey Brasier comme cheville ouvrière. Un travail de réseautage auquel participent, suivant leurs connaissances, Guylaine Antille et Frédéric Colleoni.
Des campagnes particulières d’adressage sont mises en place ainsi que l’organisation d’événements VIP, comme une conférence en avril sur le thème de l’éthique et de la finance. Sans oublier le fameux repas de soutien annuel, dont le concept, mis en place il y a une dizaine d’années par Geoffroy de Clavière, a été remis en selle en 2025. «Tous ces événements permettent à ces grands donateurs de se rencontrer, de s’identifier en tant que catholiques. Cela leur réserve parfois de bonnes surprises.» (cath.ch/lb)
Ce que finance l’ECR
L’Église catholique romaine-Genève assure le salaire d’une cinquantaine de prêtres, d’autant d’agents pastoraux laïcs ainsi que d’employés administratifs, engagés dans les 52 paroisses et Missions catholiques de langues étrangères du canton. Sans oublier les équipes administratives.
Ces équipes permettent le fonctionnement des différents services, pastorales et aumôneries de l’Église, comme la pastorale des funérailles, des jeunes ou des Milieux ouverts, le Service de la spiritualité, la formation, le catéchisme ou l’aumônerie des prisons. LB
À deux pas de la gare de Cornavin, à Genève, la paroisse de Montbrillant propose un accueil inconditionnel. Ici, sans-abris, sans-papiers et précarisés peuvent trouver un soutien administratif, social et spirituel.