Le plus grand rendez-vous LGBTQIA+ de Suisse traverse une zone de turbulences. Le festival de la Pride de Zurich, prévu sur deux jours, n’aura finalement pas lieu cette année. En revanche, la traditionnelle Marche des fiertés du 20 juin est maintenue.

Réunis mardi soir en assemblée générale extraordinaire, les membres de l’association de la Pride de Zurich ont tranché: le festival est annulé, sans solution de remplacement.

Ces dernières semaines, plusieurs scénarios étaient encore sur la table. Les organisateurs envisageaient notamment de quitter le parc public du Landiwiese, au bord du lac de Zurich, pour la Turbinenplatz, au centre-ville, un site plus petit et plus facile à gérer. L’introduction d’un système de billetterie payante était également à l’étude afin de sécuriser le financement.

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Mais ces propositions n’ont pas convaincu les membres. « Le changement de lieu et la billetterie n’ont pas été bien accueillis », a expliqué vendredi dans le 12h30 de la RTS Julia Müller, directrice de la Pride. Un nombre record de 80 membres ont participé à l’assemblée. Preuve, selon elle, que l’avenir de l’événement inquiète. Finalement, une nette majorité a voté l’annulation pure et simple du festival, qui attire habituellement entre 30’000 et 40’000 personnes.

Un manque à gagner de 150’000 francs

La Pride de Zurich fait face à une situation budgétaire tendue. Pour l’édition 2025, les organisateurs ont dû composer avec un manque à gagner d’environ 150’000 francs sur un budget total d’un peu plus d’un million. Plusieurs grands sponsors ont réduit, voire interrompu, leur engagement. L’entreprise pharmaceutique américaine Gilead a diminué son soutien. Swisscom et la marque automobile Mini se sont, elles, retirées.

>> Relire : Lâchée par plusieurs sponsors, la Pride de Zurich s’inquiète pour son avenir

« Il y a dix ans, il était de bon ton de soutenir les causes LGBTQIA+ et le développement durable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On revient maintenant à d’autres valeurs », observe Julia Müller, évoquant notamment la pression de l’administration de Donald Trump contre les politiques d’inclusion dans les entreprises.

Face à la baisse des recettes, le comité avait déjà réduit la voilure l’an dernier: renoncement à des têtes d’affiche internationales, location de tentes moins coûteuses.

Parallèlement, les dépenses de sécurité ont fortement augmenté. En 2024, des projets d’attentat préparés par deux jeunes avaient été déjoués, entraînant un renforcement significatif du dispositif lors de la dernière édition.

« Nous sommes soulagés »

Malgré la déception, la directrice se veut rassurante. « Nous sommes soulagés. Nous avons le temps de nous réorienter », admet-elle. « Sans cela, tout le comité aurait été épuisé ou serait parti. »

Les trois derniers mois avaient été consacrés à la planification intensive de l’édition 2026. L’annulation offre désormais un temps de respiration pour repenser le modèle. Il est d’ores et déjà acquis que le festival sera plus modeste à l’avenir. Le parc de la Landiwiese, site emblématique au bord du lac, pourrait ne plus accueillir l’événement en raison de coûts jugés trop élevés, notamment liés aux infrastructures d’électricité et d’eau. Julia Müller dit privilégier l’idée d’un festival de rue décentralisé, réparti dans toute la ville.

La Marche des fiertés est maintenue

L’annulation du festival n’affecte pas la Marche des fiertés (ex-Gay Pride) du 20 juin. La direction insiste: la visibilité de la communauté ne sera pas compromise. « Le défilé sera grand, coloré et bruyant. On ne nous enlèvera pas cela », souligne Julie Müller.

La Ville de Zurich rappelle de son côté que la Marche des fiertés constitue un moment fort pour promouvoir la diversité, l’égalité et la lutte contre les discriminations. Elle fait, selon un communiqué, « partie intégrante de Zurich », au même titre que le Sechseläuten ou la Street Parade.

La Pride de Zurich existe depuis plus de trente ans et est considérée comme la principale manifestation LGBTQIA+ du pays.

Valentin Jordil