Ce mardi à Bonsoir Bonsoir, la comédienne Marie-Chantal Perron était présente à titre de collaboratrice de l’émission, pour nous présenter l’une de ses élévations, qui s’est avérée être un moment aussi touchant qu’important.

Dans un véritable cri du coeur, la comédienne a indiqué faire dorénavant partie de ces femmes de 50 ans et plus qu’on voit moins dans notre télévision québécoise, une triste exclusion qui ne touche pas que le Québec. Pourquoi diable voudrions-nous remiser notre chère Mademoiselle C?

Comme d’autres avant elle, Marie-Chantal Perron a tenu à souligner l’importance d’une représentation des femmes plus matures à l’écran, le besoin de se sentir interpelé étant plus important que jamais, en fiction comme dans la vie.

Nous vous partageons une partie de sa formidable intervention ci-dessous :

« OK, je dois l’avouer, avant ma cinquantaine, je n’osais pas parler de ce potentiel passage à vide de ma cinquantaine. Je ne voulais pas. Quand on m’en parlait en entrevue, j’esquivais. Je ne voulais pas me peinturer dans le mur. Je ne voulais pas m’identifier comme nouvelle victime. Et je ne voulais pas avoir l’air d’une chialeuse.

Mais je vais vous avouer que j’aurais tellement voulu ne pas faire partie de cette gang qu’on voit moins. Présentement, je suis comme dans une espèce de triangle des Bermudes de l’UDA, l’union des artistes. Je suis trop vieille pour être une héroïne romantique. Je suis trop vieille pour pouvoir fonder une famille comme mère dans une série. Et je suis trop jeune pour avoir les deux pieds dans le troisième âge.

Pourtant, du côté masculin, ça se passe différemment. C’est fréquent et normal que je voie mes camarades masculins avoir des partenaires de jeu de 10, 12, 15, 20 ans leur cadette. Dans le cas contraire, ce serait le sujet principal de la série. En 37 ans de carrière, je n’ai jamais vu l’âge des acteurs masculins être une entrave pour déployer leur immense talent. Contrairement à mes camarades féminines qui, des fois, sont sous-utilisées. Et pour moi, sous-utiliser ces actrices-là, c’est de laisser un Stradivarius dans le coin d’une pièce. C’est laisser un grand cru sur le comptoir. »

Voyez son monologue complet dans la vidéo ci-dessous.

La comédienne a pu bénéficier des sages conseils de France Castel, qui a fait de ce sujet son cheval de bataille dans sa carrière depuis quelques années, qui lui a suggéré de laisser entendre sa voix à ce propos. Elle dit :

« Heureusement, il y a la sororité entre les femmes et les actrices. J’étais à morver dans mon thé vert l’autre fois, en compagnie de mon amie France Castel, lui exposant mon désert de travail et mon sentiment d’impuissance, et le goût de tout lâcher. Parce que je ne croyais plus en moi. Et de m’éjecter de ce métier dans le but de préserver mon équilibre mental, souvent barouetté par un métier instable qui est aussi cruel qu’un amant. Un mauvais amant. Et là, à un moment donné, France m’a pris la main et elle m’a dit « Ma petite Minou, tu fais fausse route dans deux affaires. Quand tu dis que tu n’as pas de pouvoir et que tu ne crois plus en toi, tu as une voix ma petite Minou. Parle. Parle de ça. Parle. Reste pas pognée avec ça comme si c’était honteux. » »

Marie-Chantal Perron, inspirante, a terminé son élévation avec de sages paroles qui, espérons-le, seront entendues par une majorité : « Alors aujourd’hui, je vais tendre la main, à mon tour, comme France a fait avec moi, à toutes ces femmes, ces actrices qui se sentent invisibles sur la place publique. Pour qu’on s’élève au-dessus de notre sentiment d’impuissance, de honte, de peine. Et qu’on élève notre voix pour l’ajouter à ceux qui croient encore en nous. Et qui contribuent à changer les choses. »

Plus que jamais, les rédactrices de Showbizz.net souhaitent ajouter leurs voix à celle de Marie-Chantal Perron et aux milliers d’autres femmes, dans les arts ou ailleurs, qui ne se sentent pas entendues, reconnues et respectées. Parce que nous croyons au talent de ces femmes qui ne doivent pas être déclassées après l’apparition de quelques rides. Et pour que notre télévision et notre cinéma continuent de faire une place à la diversité sous toutes ses formes, gardant en tête l’importance du sentiment d’appartenance.

Merci à Marie-Chantal Perron d’avoir ouvert la porte vers cette discussion nécessaire.