Sa peinture, on peut la (re) découvrir dans les salles de l’Hôtel de la Jurade, à l’occasion de l’exposition « Entre deux rives », organisée par le Conservatoire de l’estuaire de la Gironde, dans le cadre de l’opération « Les Rencontres Estuariennes » et le Syndicat d’Initiative du Bourgeais (1). Un rendez-vous particulier car, « c’est ici que j’ai fait ma première exposition, il y a 21 ans », souligne Sandrine Aléhaux.
À partir de là, l’idée a été de proposer une rétrospective du travail de l’artiste, permettant de capter son évolution. « C’est une rétrospective depuis le début de l’abstraction. Avant, je faisais du figuratif, j’aimais peindre des paysages, des métiers en situation. J’aime bien travailler sur l’émotion et un paysage, par exemple, m’en donne beaucoup mais j’avais besoin de me libérer du cadre de l’image pour passer à l’émotion pure ». Des émotions qui sont liées dans leurs représentations aux différents éléments : l’eau, la terre, le feu…
Émotions et éléments
Sandrine Aléhaux le dit sans ambages. « L’abstraction, c’est la liberté. Les images peuvent enfermer alors que l’abstraction permet d’évoquer ce qui ne se voit pas. On ne parle plus au visuel, on parle à l’inconscient. S’il y a tout de même des règles, elle permet de parler à la profondeur de nos sentiments ». Sachant cela, on peut pénétrer son univers. « Je travaille à partir des cinq sens ». Ainsi, on s’attarde sur les premières toiles « réalisé à partir de l’écoute de musiques ». Ici, la gestuelle, le trait, les couleurs répondent aux sonorités musicales, aux vibrations du son. Un peu plus loin, ce sont d’autres vibrations qui ont inspiré Sandrine Aléhaux, celles des mantras, la peintre étant férue de yoga.
« J’avais besoin de me libérer du cadre de l’image pour passer à l’émotion pure »
On avance peu à peu jusqu’à ses productions les plus récentes, « là, j’ai voulu travailler sur l’espace et la forme, auparavant je ne donnais pas de formes à mes couleurs. C’est un moyen de mettre des limites dans mes toiles ». Des toiles travaillées à l’acrylique, une nouvelle matière par rapport à l’huile. « L’huile donne de la profondeur au tableau alors qu’avec l’acrylique on est davantage à plat ». Le rapport aux œuvres n’est d’ailleurs pas le même pour le visiteur. L’expression à l’huile parle, du fait de cette profondeur, plus à l’affect et l’acrylique davantage à l’intellect. L’autre caractéristique tient dans le côté bien souvent éclatant des couleurs. « Je suis une coloriste, admet Sandrine Aléhaux. Dans un premier temps, j’étais plus dans un gris coloré. J’ai eu des problèmes de vue, mais depuis une opération, je vois mieux les couleurs ».
Equilibre et chaos
Devant sa toile, Sandrine Aléhaux débute avec du fusain pour placer les formes. « Ces formes et ces vides me renvoient quelque chose, il y a une interaction qui va m’amener à des phases de calme ou alors à du chaos. C’est un jeu entre la peinture et moi. » Un jeu pour créer un équilibre ou un déséquilibre entre le fond et le premier plan. « Parfois, il suffit d’une tache de couleur rajoutée au dernier moment pour que l’équilibre d’un tableau soit totalement différent. Souvent, on me demande quand on sait si un tableau est terminé : c’est quand on ne sait plus quoi faire dessus. Mais, ce n’est pas forcément immédiat, on peut très bien le reprendre des mois après ».
L’artiste insiste également sur l’importance de la méditation dans son processus de création « car cela permet de vraiment ressentir les émotions, tout comme l’énergie qui circule dans le corps » et qui s’expriment donc dans cette peinture abstraite. « L’abstrait révèle des choses chez les gens, comme chez moi », insiste-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer une envie de revenir, pourquoi pas, au figuratif. « J’ai besoin d’être étonnée à travers la peinture », glisse-t-elle.
(1) Exposition ouverte du mercredi au dimanche de 15 heures à 19 heures, ainsi que le dimanche matin, au moment du marché.