Radio-Canada a dépensé 59 000 $ en frais juridiques devant la Cour fédérale afin d’éviter de dévoiler le nombre d’abonnés de sa plateforme CBC Gem, l’équivalent au Canada anglais d’ICI Tou.tv.

C’est ce qu’a rapporté jeudi la Fédération canadienne des contribuables (FCC), après avoir fait une demande d’accès à l’information.

La société d’État avait refusé de divulguer le nombre d’abonnés de CBC Gem à la suite d’une demande d’accès à l’information formulée par le fondateur de l’organisme de transparence Open By Default, Matt Malone.

La Commissaire à l’information du Canada, Caroline Maynard, a ensuite ordonné au diffuseur public canadien de révéler le nombre d’abonnés de CBC Gem, plateforme lancée en 2018 et comprenant, à l’instar de Tou.tv, une version gratuite et une autre payante.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE CBC Gem / AGENCE QMI

Radio-Canada, qui reçoit plus de 1 milliard $ par année du gouvernement fédéral, a plaidé que les chiffres demandés doivent demeurer confidentiels pour des raisons concurrentielles et a saisi la Cour fédérale de cette affaire.

« Par principe, Radio-Canada devrait faire preuve d’une transparence irréprochable envers les contribuables », a dit jeudi, dans un communiqué, le directeur de la FCC au Québec, Nicolas Gagnon.

« Pourtant, au lieu de rendre des comptes, elle dépense encore plus d’argent en frais juridiques pour éviter de rendre des comptes aux contribuables. Radio-Canada s’est elle-même servie de sa plateforme Gem pour démontrer sa pertinence et sa valeur auprès du public. Alors pourquoi déploie-t-elle autant d’efforts pour cacher ces chiffres aux contribuables ? », a-t-il poursuivi.

Marie-Philippe Bouchard, qui est la présidente et directrice générale de CBC/Radio-Canada, a déjà évoqué une « information commerciale sensible » pour justifier son refus de rendre public le nombre d’abonnés, tant de CBC Gem que d’ICI Tou.tv.

Caroline Maynard croit que le nombre d’abonnés de CBC Gem relève de l’administration générale du diffuseur public et l’exception à la divulgation ne s’applique donc pas, a noté la FCC.

Le directeur de la section québécoise de la Fédération canadienne des contribuables, Nicolas Gagnon.

Le directeur de la section québécoise de la Fédération canadienne des contribuables, Nicolas Gagnon.

PHOTO FOURNIE PAR LA FCC

« [Bien que] Radio-Canada a identifié certains préjudices potentiels à sa position concurrentielle ou à des négociations en cours, elle n’a pas démontré qu’il existait une attente raisonnable que ces préjudices puissent survenir, au-delà d’une simple possibilité », a indiqué Mme Maynard.

« Radio-Canada devrait être plus transparente que Netflix ou Amazon. Si ces entreprises peuvent appuyer leurs affirmations concernant leur base d’abonnés, alors les contribuables devraient certainement pouvoir exiger des standards plus élevés de Radio-Canada », a souligné de son côté le directeur fédéral de la Fédération canadienne des contribuables, Franco Terrazzano.

« Si Radio-Canada refuse de divulguer l’information et d’être transparente envers les contribuables, alors elle ne devrait pas recevoir un seul dollar des contribuables », a-t-il enchaîné.

La FCC n’en est pas à son premier bras de fer avec Radio-Canada. Elle a déjà lancé une contestation judiciaire contre la société d’État après que le diffuseur public eut refusé de divulguer les primes versées à ses hauts dirigeants. Radio-Canada avait au bout du compte rendu public que ses sept hauts dirigeants avaient touché une rémunération totale de 3 793 000 $, pour une moyenne de plus de 540 000 $ chacun, mais sans ventiler les primes accordées à ces cadres.

Au moment d’écrire ces lignes, jeudi matin, Radio-Canada n’avait toujours pas répondu à notre demande d’entrevue.

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