Ken Paxton, le procureur de l’État du Texas, attaque Netflix, a-t-il fait savoir cette semaine. Il dresse cinq chefs d’inculpation qui tournent autour du caractère «addictif» de la plateforme, et sa stratégie pour asservir son public. «L’objectif ultime de Netflix est simple et lucratif: scotcher les enfants et les familles devant l’écran», assène le notable. Il en veut pour preuve le mécanisme de lecture automatique qui, une fois une vidéo terminée, en lance immédiatement une autre, ont résumé les agences de presse.

Incroyable, Netflix veut garder ses abonnés! Il fallait bien un procureur d’Austin pour découvrir cette vérité cachée. Si la démarche évoque celle, en cours, contre Google et Meta, accusés en Californie pour des griefs comparable, elle paraît, dans ce cas précis, hautement discutable.

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La fiction rend-elle drogué?

On laissera le débat médical aux psychologues ou psychiatres, dont certains, parfois avides de visibilité médiatique, s’empressent de qualifier le binge watching comme relevant de pathologies à traiter au plus vite. Sur le fond, faire entrer la fiction dans le champ lexical et intellectuel des drogues paraît quand même particulièrement sot.

A-t-on jamais parlé d’«addiction» à la littérature? C’est bien de cela qu’il s’agit: les séries sont un genre littéraire. Va-t-on retirer Alexandre Dumas des programmes d’école parce que le roman-feuilleton est nocif pour la jeunesse?

Ken Paxton a raison quand il accuse Netflix de ramasser le maximum de données pour les garder et, possiblement, les vendre à des tiers – ce serait le but de l’esclavage mental du grand N. Mais sur ce point, les plateformes de vidéo sont de bien petits joueurs comparé à Google et aux agents IA.

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La procédure texane montre surtout combien on utilise la fiction comme matière à postures idéologiques. Le média spécialisé Deadline ricane d’ailleurs face à cette attaque du wokiste diffuseur de La Chronique des Bridgerton par un conservateur: «Les partisans de MAGA adorent Netflix, du moins quand il s’agit de s’en prendre à la plateforme pour en tirer un avantage politique.» Dans moins de deux semaines, Ken Paxton se présente à la primaire des républicains pour l’élection au Sénat cet automne.