Les Journées photographiques investissent à nouveau la ville de Bienne jusqu’au 31 mai. 23 artistes et trois collectifs dévoilent leurs oeuvres dans quatorze lieux disséminés dans la cité bilingue pour cette 29e édition qui se décline sur le thème de la vulnérabilité.

Unique festival annuel de photographie émergente en Suisse, les Journées photographiques ont su se faire une jolie place sur la scène culturelle nationale. Pour cette 29e édition, le public peut découvrir trente interventions artistiques réunissant des artistes suisses et internationaux, ainsi qu’une programmation articulée autour de quatre axes: les récits de la migration et de l’hospitalité, les féminismes et les politiques du corps, les écologies affectives et les relations au vivant et enfin les gestes artistiques réparateurs, où l’image devient un espace de mémoire, de résistance et de justice visuelle.

« Nos vulnérabilités nous relient »

Pour la directrice de la manifestation Sarah Zürcher, cette édition part d’un constat simple: nos vulnérabilités ne nous affaiblissent pas, elles nous relient. « En réfléchissant à la programmation, j’ai voulu m’appuyer sur l’actualité et sur des problématiques qui nous touchent tous, comme les rapports de force et de domination, qui fragmentent de plus en plus notre société », explique Sarah Zürcher dans l’émission Vertigo du 11 mai.

Cette thématique se décline en trois langues – le français, l’allemand et l’anglais – pour souligner l’importance du multilinguisme, un enjeu particulièrement sensible dans une ville bilingue comme Bienne. « Les langues elles-mêmes peuvent être une forme de vulnérabilité, car elles influencent notre capacité à nous exprimer pleinement », confie la directrice.

Féminisme et mémoire collective

Parmi les expositions phares de cette édition, deux projets se démarquent: ‘Invisible Women’ et ‘Sisters in Arms’, du photographe Enrique Muñoz García. ‘Sisters in Arms’ rassemble plus de 200 photos des années 1940-1950 montrant la participation de femmes soviétiques à l’Armée rouge. Ces portraits montrent des femmes engagées dans des rôles variés, du combat direct aux fonctions de soutien, tout en révélant leur marginalisation dans l’iconographie militaire. ‘Invisible Women’ interroge la visibilité et la place des femmes dans les récits historiques.

Une image de l'exposition 'Invisible Women & Sisters in Arms' d'Enrique Muñoz García aux Journées photographiques de Bienne. [Journées photographiques de Bienne 2026] Une image de l’exposition ‘Invisible Women & Sisters in Arms’ d’Enrique Muñoz García aux Journées photographiques de Bienne. [Journées photographiques de Bienne 2026]

« Il est crucial de documenter, mais aussi de créer des espaces de relation et d’attention », souligne Sarah Zürcher. Elle évoque également l’importance de rappeler aux jeunes générations le rôle de figures féminines marquantes, comme Christiane Brunner et Ruth Dreifuss, première femme présidente de la Confédération en 1999.

Lieux inédits et réflexions sociétales

Organiser un tel événement n’est pas sans défis. Cette année, la Fête fédérale de musique a contraint les organisateurs à revoir leurs plans. « Nous avons dû renoncer à plusieurs lieux prévus initialement, mais cela nous a permis de découvrir des espaces extraordinaires, comme l’atelier de Léopold Robert », explique Sarah Zürcher. Ce lieu emblématique, habituellement fermé au public, accueille désormais une exposition unique. En tout, quatorze lieux ont été activés dans la ville pour cette édition.

Une personne regarde des photographies du projet "Les eaux-fortes" de l'artiste Julie Bourges lors de la conférence de presse de la 29e édition des Journées photographiques de Bienne (Bieler Fototage), le jeudi 7 mai 2026 au Photoforum Pasquart à Bienne. [© KEYSTONE / ANDREAS BECKER - ANDREAS BECKER] Une personne regarde des photographies du projet ‘Les eaux-fortes’ de l’artiste Julie Bourges lors de la conférence de presse de la 29e édition des Journées photographiques de Bienne (Bieler Fototage), le jeudi 7 mai 2026 au Photoforum Pasquart à Bienne. [© KEYSTONE / ANDREAS BECKER – ANDREAS BECKER]

Les Journées photographiques de Bienne ne se contentent pas de célébrer l’art visuel, elles interrogent également les enjeux contemporains, comme l’intelligence artificielle ou les conditions de production des tomates en Andalousie. L’exposition ‘Tomato Travels’ de Daniel Rihs illustre pleinement cette volonté de lier art et réflexion sociétale, mettant en lumière les enjeux humains et environnementaux.

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: olhor avec ats

Les Journées photographiques de Bienne, du 9 au 31 mai 2026.