Les incidents liés à l’alcool explosent à bord des avions, particulièrement sur les vols low cost, comme le démontre l’enquête de Temps Présent. Bagarres et agressions se multiplient, transformant certains trajets en cauchemar pour les passagers et les équipages, entraînant même des déroutements.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: au Royaume-Uni, les arrestations de personnes indisciplinées dans les avions ont triplé ces dernières années. Plus de la moitié des voyageuses et voyageurs britanniques déclarent avoir été témoins de bagarres en plein vol.
« J’ai tout vu! Des gens qui confondent la cuisine de bord avec les toilettes ou encore des lignes de drogue sur les tablettes », témoigne Lolly Hart, ex-hôtesse de l’air interrogée jeudi dans l’émission Temps Présent.
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Ivres et violents, des passagers toujours plus encombrants dans les airs / Paradis perdus, la Grèce défigurée / Temps présent / 48 min. / hier à 20:07
La révolution des vols low cost en cause
Le phénomène trouve notamment ses racines dans la démocratisation du transport aérien. Certains vols vers l’Europe coûtent aujourd’hui moins de 20 francs.
Les aéroports aussi ont transformé leur modèle économique: ils accueillent parfois gratuitement les compagnies low cost. Leur profit repose sur les dépenses des passagers dans les boutiques.
Autrefois, les gens se saoulaient puis s’endormaient. Aujourd’hui, ils prennent des comprimés et ils sniffent de la poudre
Michael O’Leary, patron de Ryanair
Une personne qui voyage dépense en moyenne 190 francs en duty-free et l’alcool représente une part importante de ces achats. Et comme de nombreux vols bon marché décollent avant midi, les vacances commencent souvent avant le lever du soleil dans les bars d’aéroport.
Et le problème s’aggrave à bord. Passagères et passagers ouvrent les bouteilles achetées au duty-free et les consomment pendant le vol.
Des passagers témoins de scènes violentes
En 2024, Jodie Hampson et sa famille ont vécu un vol cauchemardesque entre Antalya et Leeds-Bradford. Un passager a agressé violemment un autre voyageur après avoir bu de l’alcool fort.
« C’était super violent, d’une violence incroyable. Les enfants hurlaient, les femmes criaient », raconte Jodie. La bagarre a duré cinq minutes. Le pilote a dû dérouter l’avion vers la Bulgarie.
Les deux agresseurs ont eux été bannis à vie par la compagnie Jet2.
>> Lire : Explosion des cas de comportements violents lors de voyages aériens
Un casse-tête juridique et financier
Le droit aérien complique les poursuites dans de telles situations. Un vol peut en effet relever de plusieurs juridictions: pays de départ, d’arrivée, de déroutement et d’immatriculation de la compagnie.
On a l’impression d’aller travailler à la fois comme membre d’équipage et comme vigile
Lolly Hart, ex-hôtesse de l’air
Les déroutements coûtent aussi cher. En avril 2024, Ryanair a réclamé près de 14’500 francs à un passager responsable d’un déroutement. La facture couvre le carburant supplémentaire et l’hébergement des autres voyageurs et voyageuses.
L’alcool n’est pas seul en cause
Les experts pointent également un cocktail dangereux: de nombreux passagers mélangent alcool, médicaments et drogues.
« Autrefois, les gens se saoulaient puis s’endormaient. Aujourd’hui, ils prennent des comprimés et ils sniffent de la poudre », confie Michael O’Leary, patron de Ryanair. Sa compagnie recense désormais une agression par semaine.
L’Association internationale du transport aérien compte un incident pour 500 vols, mais le nombre de cas est en forte augmentation.
Les hôtesses et stewards doivent désormais « jouer les videurs », selon Simon Calder, journaliste spécialisé dans le transport aérien. « On a l’impression d’aller travailler à la fois comme membre d’équipage et comme vigile », témoigne aussi Lolly Hart.
Elisabeth Logean