Drizzy, le dieu du 6ix, mieux connu sous le nom de Drake, a officiellement fait son grand retour avec la sortie de son nouvel et très attendu album Iceman ce vendredi, après des semaines de promotion, en plus de la parution surprise des albums Habibti et Maid of Honour.
Les attentes étaient grandes, car il s’agit de ses premiers albums depuis 2024, sans parler de l’escalade de son conflit très médiatisé avec le rappeur de Compton, Kendrick Lamar, et plusieurs autres artistes américains, dont Future et Metro Boomin.
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Drake et Kendrick Lamar sont en conflit depuis 2013, lorsque Drake a répondu au couplet de l’américain sur le morceau « Control » de Big Sean. La rivalité s’est intensifiée en 2024 avec les paroles de Kendrick Lamar dans la chanson « Like That ». (Photos d’archives)
Photo : Getty Images
Drake devait se prouver, croit le professeur à la faculté de musique de l’Université de Toronto et DJ, Mark V. Campbell.
Il sort d’un combat acharné et il en porte encore les traces.
C’est, selon M. Campbell, l’occasion pour Drake de redorer son image et de rappeler aux gens pourquoi il a été au palmarès des artistes les plus influents de sa génération pendant les quinze dernières années.
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Les amateurs de Drake se sont rassemblés au pied de la Tour CN, qui a donné l’impression d’être gelée jeudi soir pour le lancement de l’album « Iceman ».
Photo : La Presse canadienne / Arlyn McAdorey
Malgré deux années assez tumultueuses pour le rappeur, Drake reçoit toujours ses fleurs à Toronto pour trois raisons, selon trois experts de la scène musicale et culturelle de Toronto qui l’ont vu émerger depuis ses débuts.
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Le professeur à l’Université de Toronto et DJ Mark V. Campbell se souvient des balbutiements de Drake au début des années 2000, alors qu’il jouait les compilations de Drake à la radio pour laquelle il travaillait.
Photo : Celeste Cole
Un artiste hyperlocal, malgré un succès mondial
Depuis la dernière décennie, Toronto et Drake sont quasiment devenus des synonymes.
Mais c’est d’abord avec la sortie d’albums cultes comme Take Care (2011) et If You’re Reading This It’s Too Late (2015), incluant ses succès Marvins Room, Headlines et Know Yourself que le rappeur a réussi à se tailler une place parmi les artistes émergents en Amérique du Nord.
Culture : Pas un, pas deux, mais trois album pour Drake
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Puis c’est avec son album Views sorti en 2016, sur lequel on voit Drake assis tout en haut de la tour CN, que le Torontois s’est finalement imposé sur la scène internationale. L’album incluant des succès comme Controlla et Weston Road Flows.
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Au mois d’avril, Drake a dissimulé la date de sortie de son prochain album dans des blocs de glace.
Photo : La Presse canadienne / Cole Burston
Non seulement l’album a connu un succès monstre à l’échelle mondiale, mais la couverture de l’album a également renforcé cette relation fusionnelle qu’a Drake avec sa ville natale, qui lui vaut encore aujourd’hui le titre d’ambassadeur de Toronto.
Comparativement à d’autres artistes comme Beyoncé qui, eux aussi, profitent d’une visibilité à l’échelle mondiale, Drake est l’un des rares artistes à préserver ses racines locales au fil des années, constate le professeur.
Drake demeure très ancré dans cette dimension hyperlocale qui est une partie intégrante de la culture hip-hop.
Si d’autres artistes tendent à oublier ou à se détacher d’où ils viennent dès qu’ils acquièrent une forme de notoriété internationale, l’artiste canadien, lui, ne manque jamais l’occasion de rappeler ses origines torontoises à travers ses multiples références dans ses albums.
Au cours de sa carrière, le rappeur a fait mention à maintes reprises d’établissements de la Ville Reine, comme le restaurant Joso’s, qui a servi d’arrière-plan pour la couverture de son album Take Care.
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Son album « Take Care » lui a valu le Grammy du meilleur album rap en 2013.
Photo : Courtesy; design by Ben Didier/CBC Music
Ou, par exemple, le restaurant The Real Jerk qui a servi de lieu de tournage pour le vidéo-clip de la chanson Work de Rihanna dans laquelle le rappeur apparaît.
On peut également entendre le chanteur faire référence à des quartiers, des noms de rues et des lieux du Grand Toronto qu’il a fréquenté durant sa vie dans ses chansons.
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Le directeur général et artistique de Wavelength Music, Jonathan Bunce, fait partie de la scène indépendante torontoise depuis le début des années 2000. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Hadrien Volle
Selon le directeur général et artistique de Wavelength Music, Jonathan Bunce, Drake a créé ce que peu d’artistes ont réussi à faire avant lui.
Il a su créer une sorte de mythe et d’aura autour de Toronto qui n’existait pas avant lui.
Selon lui, l’émergence de Drake a créé un sentiment d’appartenance chez plusieurs artistes de la scène locale torontoise ayant enfin compris qu’ils n’avaient pas à franchir la frontière pour se faire connaître et qu’ils pouvaient eux aussi représenter Toronto.
Néanmoins, les experts soulignent qu’il a été difficile pour certains artistes d’autres genres que le hip-hop de gagner une certaine visibilité et sont demeurés dans l’ombre de Drake.
Les yeux du monde rivés sur Toronto
Le directeur de Wavelength Music, qui fait partie de la scène musicale indépendante de Toronto depuis une vingtaine d’années, se souvient du moment où Toronto a enfin gagné un peu de reconnaissance à l’extérieur du Canada.
Je m’étais rendu à Los Angeles aux alentours il y a une dizaine d’années et il y avait des gens dans l’industrie qui m’interpellaient me questionnant sur Toronto et sur la scène musicale de la ville à cause de Drake, se rappelle-t-il.
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Le rappeur torontois Drake a récolté au total cinq prix Grammy depuis le début de sa carrière. (Photo d’archives)
Photo : Associated Press / Chris Pizzello/Invision
Pour une ville qui a longtemps été sous-estimée, ajoute-t-il, Drake a permis à Toronto d’être réputée et reconnue musicalement à l’extérieur des frontières du Canada, selon M. Bunce.
Tout ce qui fait de Toronto une ville unique, Drake a su le partager avec le reste du monde.
Ça a créé une immense fierté dans la ville et ça a permis de mettre de l’avant la diversité culturelle, en particulier caribéenne, de Toronto, son caractère un peu plus marginal tout en mettant l’emphase sur ce qui se crée dans le hip-hop et le R&B en ville, ajoute M. Bunce.
D’ailleurs, au summum de la carrière de Drake, soit aux alentours de 2016-2017, 5 % du tourisme local lui était attribué. Soit l’équivalent de 400 millions de dollars.
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Le joueur de basketball Kawhi Leonard célèbre la victoire des Raptors avec Drake lors du défilé des champions 2019 à Toronto, le lundi 17 juin 2019.
Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn
Les gens ont aussi commencé à s’intéresser davantage à Toronto à l’extérieur de la musique, souligne M. Campbell, notamment aux Raptors, l’équipe de la NBA qu’encourage régulièrement Drake.
C’est devenu un peu notre version des Knicks de New York et du Madison Square Garden, ou des Lakers de Los Angeles et du Staples Center, dit-il.
Le rap mélodique de Drake inspiré des artistes torontois
Drake a largement popularisé des expressions comme The 6ix ou T-dot afin de surnommer Toronto.
Or, si le rappeur dit beaucoup avoir été influencé par les artistes américains, M. Campbell fait toutefois savoir que ces expressions sont largement reprises d’artistes de la scène locale des années 90, qui ont voulu faire de Toronto un foyer du hip hop bien avant l’arrivée de Drake.
La scène hip-hop underground de Toronto lui a certainement ouvert la voie.
Des artistes comme Kardinal Offishall, Choclair ou Saukrates, par exemple, qui, selon les experts, ont aussi beaucoup influencé l’artiste, mélangeant le R&B, le rap, le reggae et le dancehall.
Le rappeur a toutefois su adapter ces différents styles et inspirations dont il est devenu pionnier : le rap mélodique, affirme M. Bunce.
Il a vraiment su perfectionner ce style musical qui avait en quelque sorte émergé du rap, du trap et du hip-hop, et qui dégageait une atmosphère cinématographique, un peu comme une ambiance nocturne, poursuit-il.