Publié15. mai 2026, 11:42
Cinéma: «Histoires parallèles», l’Iranien Asghar Farhadi en mode parisien
Une écrivaine recluse observe ses voisins qui travaillent dans un studio de bruitages et couche ce qu’elle imagine sur papier. Du beau monde, longtemps.

Démarrage en trombe du Festival de Cannes, avec diverses sorties en salles simultanées de plusieurs films dont «La Vénus électrique» (lire ci-dessous) de Pierre Salvadori, présenté en ouverture hors compétition, et «Histoires parallèles», nouveau long métrage d’Asghar Farhadi qui est, lui, en compétition.
La première chose qui impressionne pour ce film français, tourné par un Iranien en exil, est sa distribution. Sylvie, une écrivaine (Isabelle Huppert) vit recluse dans un grand appartement parisien. Elle observe dans l’immeuble voisin les occupants d’un studio de bruitages. Il y a Pierre (Vincent Cassel), compagnon de Nita (Virginie Efira) et frère de Christophe (Pierre Niney). Le trio complète des documentaires animaliers et même des fictions cinématographiques avec les effets sonores manquants.
L’ébauche de roman, pure fiction, que Sylvie tire de ses observations n’a pas l’air de convaincre son éditrice, dans une scène qui offre à Catherine Deneuve une scène dans laquelle elle excelle. De plus, Sylvie se voit imposer une aide à domicile, incarnée par Adam (Adam Bessa, le moins connu des rôles principaux, mais pas le moins remarquable).
L’échiquier est en place. Il y a le réel, la fiction et le choc qui se produit quand les observés se rendent compte, suite à divers «accidents», qu’ils inspirent un récit qui prend des libertés tantôt vexantes, tantôt exprimant des ressentis enfouis qui ne demandent qu’à surgir.
Asghar Farhadi filme avec un certain brio les deux mondes. Sa mise en scène, tirée au cordeau, permet à ses interprètes de donner leur meilleur. Son récit entremêle les trajectoires, le vrai, le faux, dans une clarté exemplaire. À la fin de l’envoi, Isabelle Huppert se voit même offrir l’expression d’une très jolie analogie qui résume parfaitement les intentions du film.
On est sorti de la vision à la fois épaté par l’intelligence de sa conduite mais aussi un tantinet agacé. Agacé par son côté parisianno-centré, par la thématique égocentrique de l’artiste qui s’interroge sur les conséquences de son art et même par son côté franco-français haut de gamme. Certains des spectateurs privilégiés que nous fûmes se sont dits impressionnés par la qualité de la photographie alors que nous n’avons vu qu’une esthétique aplatie par le numérique.
En bref, malgré toutes ses indéniables qualités et un humour diffus, on n’est pas parvenu à se laisser emporter. À regret, on a trouvé le temps long (durée du métrage proche des deux heures trente). On veut cependant bien reconnaître que nous sommes possiblement dans l’erreur, bien qu’il existe néanmoins un indéniable risque que le film laisse un certain nombre de spectateurs sur le côté. «Histoires parallèles» n’en semble pas moins bien parti pour récolter une palme dans un des départements où il excelle, voire plus. Elle ne sera sans doute pas volée.
«La Vénus électrique» ne nous a pas secoué, non plus
Suzanne (Anaïs Demoustier). Elle tombe amoureuse d’Antoine, l’inconsolable artiste peintre (Pio Marmaï).
DR
Le nouveau film de Pierre – «En liberté» – Salvadori situe son action dans le Paris des années folles. Suzanne (Anaïs Demoustier), une médium de fête foraine itinérante (elle embrasse des spectateurs, un choc électrique leur fait croire qu’il se passe quelque chose) est engagée par un marchand de tableaux (Gilles Lellouche). Elle doit faire croire à Antoine (Pio Marmaï), un artiste peintre veuf, qu’elle peut entrer en contact avec sa femme défunte. Elle est douée, Le désespéré y croit et retrouve l’inspiration… Son ami marchand est content.
Malgré une mise en place laborieuse, «La Vénus électrique» déploie divers charmes qui tiennent aussi bien à sa facture soignée, voire inventive, qu’au déploiement d’un humour qui ne cède pas forcément à la gaudriole. Le rythme inégal de la comédie fait qu’on a suivi tout cela non sans intérêt, mais aussi progressivement dans un ennui poli.