Les réseaux mafieux sévissent jusqu’en Suisse. Dans les Grisons, le président de la commune de Roveredo veut d’ailleurs sévir car il remarque que son village est devenu une base arrière pour des mafieux. Il estime que le canton n’est pas assez regardant lorsqu’il octroie des permis de séjour.
A Roveredo, le président de commune Aurelio Troger (UDC) et son équipe mènent depuis fin mars à une forme de « grève du zèle », faisant volontairement traîner les demandes de naturalisation jugées suspectes.
Cette protestation vise directement le canton des Grisons, car celui-ci refuse de consulter le casier judiciaire des personnes avant d’octroyer un permis de séjour. Pour le président de Roveredo, cela explique la présence de la mafia dans son village.
« Ces mafieux voulaient peut-être venir au Tessin, mais là-bas, on les freine. Et maintenant, ils viennent dans le Val Mesolcina . Et nous sommes désormais devenus un repaire pour la mafia », déplore-t-il vendredi au micro du 12h45.
Quatre arrestations à Roveredo
Fin février, un vaste coup de filet policier est mené à travers l’Europe. Des membres de la Camorra napolitaine sont arrêtés. Dans la foulée, la police fédérale interpelle quatre hommes à Roveredo.
Aurelio Troger a tout vu. « Les mafieux vivaient ici. Tous les habitants de Roveredo ont eu peur quand ils ont appris cela, car nous n’avions rien remarqué », raconte-t-il.
Pas de vérifications systématiques
En réaction, le canton des Grisons a annoncé, cette semaine, des mesures anti-mafia. Toute personne demandant un permis B devra désormais déclarer si elle a un casier judiciaire. Le canton refuse en revanche de procéder à des vérifications systématiques.
« Nous constatons, comme les 25 autres cantons suisses, que cela est contraire à l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne », souligne le conseiller d’Etat Peter Peyer. « Nous ne voulons rien faire qui n’ait pas de base légale solide. »
Pourtant, depuis une dizaine d’années, le Tessin voisin exige un extrait du casier judiciaire pour lutter contre la mafia. De nombreuses demandes ont déjà été refusées. De leur côté, les autorités grisonnes s’agacent de la « grève du zèle » à Roveredo. Elles menacent de placer la commune sous tutelle.
SRF/Julien Guillaume/fgn