Comment la forêt se régénère-t-elle après avoir été la proie des flammes? Et quelles sont les conséquences pour les régions de montagne, où la végétation fait office de protection naturelle contre les chutes de pierres et les avalanches. Le cas de Verdasio, petit village tessinois où des dizaines d’hectares sont partis en fumée il y a quatre ans.
Quatre ans se sont écoulés depuis le violent incendie qui a ravagé durant dix jours les forêts au-dessus de Verdasio, dans les Centovalli, au Tessin. Déclenché par un problème sur une ligne de contact des chemins de fer, le feu a réduit en cendres près de 80 hectares de forêt et nécessité d’importants moyens d’intervention pour être maîtrisé.
En détruisant des forêts situées à proximité des habitations et des voies de communication, cet incendie a compromis la protection naturelle que constitue la végétation. Une couverture forestière dense contribue en effet à limiter les risques de chutes de pierres, de glissements de terrain, de coulées de débris ou encore d’avalanches.
« La montagne juste au-dessus du village est en forte pente et constitue un facteur de risque important [pour la population] », souligne Giovanni Galli, ingénieur forestier responsable du secteur. C’est pourquoi les travaux de remise en état de la zone ont été jugés essentiels.
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La difficile régénération des arbres
Aujourd’hui, la verdure a reconquis les versants. La première phase de recolonisation est dominée par le genêt, une plante qui profite particulièrement bien des conditions créées après un incendie.
« Ces situations peuvent offrir des conditions idéales pour la germination, avec des espèces adaptées au feu qui disposent d’une banque de graines et profitent à la fois de l’absence de concurrence et de l’abondance de nutriments », explique Boris Pezzatti, chercheur à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).
Nous avons planté environ 200 arbres, mais près de la moitié d’entre eux n’ont pas survécu à la première phase de croissance
Boris Pezzatti, chercheur au WSL
Mais le genêt possède aussi des caractéristiques très inflammables. C’est le côté « opportuniste » de cette plante: comme elle bénéficie du feu, elle contribue indirectement à maintenir ces conditions. Et ce n’est pas le seul problème.
« Sa présence généralisée concurrence les jeunes arbres plantés, freinant leur croissance et ralentissant le retour d’une forêt mature », précise Giovanni Galli. Elle favorise également la propagation de certaines espèces néophytes invasives, ajoute Boris Pezzatti.
L’ingénieur forestier Giovanni Galli se balade au milieu du genêt, une espèce qui prédomine dans la zone qui a brûlé il y a quatre ans. [RSI]
Malgré le reverdissement apparent des pentes, les cicatrices restent bien visibles dans la montagne. Des pans entiers de forêt ont disparu et la croissance des jeunes arbres est compliquée par les dommages causés par le gibier, en particulier le cerf. « Nous avons planté environ 200 arbres, mais près de la moitié d’entre eux n’ont pas survécu à la première phase de croissance », reconnaît l’ingénieur forestier.
Une grande partie de la végétation touchée par les flammes a dépéri, souvent jusqu’à mourir. D’autres arbres ayant survécu portent encore les traces de l’incendie. Leur écorce a été creusée par les flammes, des blessures qui les exposent aux champignons et aux parasites.
Un renouvellement naturel
Mais, au-delà de l’intervention humaine, la nature elle-même met en place des stratégies pour assurer la succession après un incendie. Chaque espèce d’arbre dispose de mécanismes spécifiques, à commencer par le châtaignier. « Si le collet à la base de l’arbre meurt, il peut repartir depuis les racines. La partie souterraine reste préservée », explique Aron Ghiringhelli, lui aussi ingénieur forestier.
« Les bouleaux résistent peu au feu, mais ils ont une grande capacité de dispersion des graines. S’il y en a autour de la zone brûlée, celle-ci pourra être recolonisée. » Même constat pour les chênes. Dans les Centovalli, plusieurs arbres de cette espèce ont libéré leurs graines avant de mourir.
Dangers et bienfaits du feu
La forêt est extrêmement résiliente, mais à Verdasio, il faudra des décennies pour qu’elle retrouve son état initial. D’ici là, des filets de protection ont été placés et des canaux de dérivation des eaux ont été construits pour protéger les quelques dizaines d’habitants du village situé en contrebas.
Le versant touché par l’incendie est presque totalement dépourvu d’arbres, un problème pour le village situé en contrebas. [RSI]
Dans les régions alpines, plus encore que dans les zones méditerranéennes, les incendies restent toutefois une réalité complexe. D’un côté, le feu joue un rôle écologique en renouvelant la forêt, en nettoyant les sols et en laissant place à de nouvelles générations de végétation. De l’autre, il entre en conflit avec la nécessité de protéger les habitations et les infrastructures. Un équilibre délicat entre nature et activités humaines, qui restera un défi majeur pour l’avenir.
Matteo Martelli, RSI/dk