Aux Etats-Unis, les « midterms » se tiendront en novembre. Ces élections législatives de mi-mandat seront un moment de vérité pour Donald Trump, qui cherche à peser sur le scrutin. Elus et observateurs craignent des ingérences, avec un appareil fédéral désormais acquis au président.
Le 3 novembre prochain, la totalité des députés de la Chambre américaine des représentants ainsi qu’un tiers des sénateurs américain seront renouvelés. La majorité républicaine, qui a jusqu’à présent servi de caisse de résonance aux désirs de Donald Trump, est en jeu.
Les démocrates espèrent pouvoir freiner le président américain lors de ce rendez-vous électoral de mi-mandat, appelé « midterms ». Mais compte tenu des différentes déclarations et actions du milliardaire, la question du bon déroulement du scrutin se pose.
Donald Trump a déjà essayé d’interférer dans la présidentielle de 2020. Et ce, avant que la Cour suprême ne lui octroie une large immunité
Rick Hasen, spécialiste du droit électoral à l’Université de Californie à Los Angeles
Donald Trump ne cache pas sa volonté de peser sur le processus. La semaine dernière, le républicain a appelé à nationaliser les « midterms », un scrutin organisé par les Etats. Selon lui, les élections dans le pays sont corrompues et truquées, comme il l’affirmait déjà face à l’ancien président Joe Biden en 2020.
Antécédents d’interférences
Pour Rick Hasen, spécialiste du droit électoral à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), les menaces de Donald Trump sur les prochaines élections législatives sont sérieuses. « Il a bien essayé d’interférer dans le scrutin présidentiel de 2020. Et ce, avant que la Cour suprême ne lui octroie une large immunité », estimant qu’un président ne pouvait pas être poursuivi pour des actes officiels accomplis dans le cadre de ses fonctions, relève le professeur dans l’émission Tout un monde.
« Ce qui se joue est plus grand que nous. Quelque chose de sinistre est en marche », abonde Robb Pitts, président du comté de Fulton, dans l’Etat de Géorgie, dans le sud-est des Etats-Unis. En 2020, les équipes de Donald Trump avaient accusé sa circonscription de fraude, évoquant des irrégularités dans les listes d’électeurs et une manipulation des bulletins. Des accusations démenties depuis: les recomptages manuels et pas moins de cinq audits n’ont dévoilé aucune anomalie.
Si Donald Trump parvient à attiser les doutes parmi les électeurs, il pourrait justifier de prendre le contrôle des élections locales
Robb Pitts, président du comté de Fulton, dans l’Etat de Géorgie
Les souvenirs de cette présidentielle restent vifs chez certains démocrates. Des membres républicains de la commission électorale avaient alors refusé de certifier la victoire de Joe Biden, invoquant des irrégularités. Donald Trump s’était également immiscé dans le scrutin: « Avant même le jour de l’élection et le dépouillement des suffrages, lui et ses équipes instillaient le doute au sujet des résultats. Une semaine avant, on entendait déjà des accusations », se rappelle Jonathan Kinloch, élu démocrate du comté de Wayne (Michigan), dans le nord-est des Etats-Unis.
Craintes d’ingérences plus marquées
Fort d’un appareil fédéral désormais acquis à sa ligne politique, Donald Trump dispose aujourd’hui de leviers qui lui avaient fait défaut en 2020.
Il y a deux semaines, le FBI a mené une importante perquisition à Fulton, lors de laquelle les bulletins de la présidentielle de 2020 ont été saisis. Robb Pitts redoute désormais un nouveau cycle d’accusations en vue des « midterms ». « Si [Donald Trump] parvient à attiser les doutes parmi les électeurs, il pourrait justifier de prendre le contrôle des élections locales et de la commission électorale de l’Etat. Il serait alors tenté de faire pareil dans d’autres parties du pays », craint le président local.
L’ingérence lors des élections de novembre pourrait également prendre des formes plus indirectes, comme des tentatives d’intimidation lors du scrutin, qui se pourraient se traduire selon Robb Pitts par le déploiement d’agents de la police de l’immigration (ICE) près des bureaux de vote. « Cela risque d’effrayer les électeurs et de les maintenir à distance », estime-t-il.
>> Ecouter aussi le sujet de Tout un monde sur les tentatives de Donald Trump de redessiner la carte électorale pour conserver la majorité républicaine : La bataille électorale US passe par la manipulation des circonscriptions / Tout un monde / 4 min. / le 21 juillet 2025
Rick Hasen est quant à lui convaincu que la menace la plus sérieuse se situe en aval du processus électoral, au moment du dépouillement, citant comme « signal fort confirmant cette hypothèse » la récente perquisition en Géorgie. Selon le spécialiste, il s’agit d' »un ballon d’essai pour le scrutin de 2026″.
Les « midterms » s’annoncent comme un nouveau test pour le système américain, soumis à des pressions inédites. Aux Etats-Unis, ces élections de mi-mandat servent généralement de référendum sur le président en place. Les récents sondages font état d’une insatisfaction de la population. Si le vote avait lieu aujourd’hui, la majorité au Congrès pourrait basculer côté démocrate.
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Sujet radio: Michael Peuker
Adaptation web: iar