En Suisse, le travail à temps partiel est souvent considéré comme un privilège. Mais 261’000 personnes souhaiteraient travailler davantage. On parle alors de « sous-emploi ». Et certains employeurs en profitent. Les femmes et les personnes migrantes sont particulièrement touchées. Exemple dans le secteur du nettoyage.
En Suisse, 41,5% des personnes actives travaillaient à un taux inférieur à 100% en 2024 – selon des chiffres publiés en automne dernier par l’OFS (lire encadré 1). C’est le deuxième pays du continent européen avec le plus haut taux de personnes à temps partiel après les Pays-Bas.
Aujourd’hui, la moyenne européenne s’élève à environ 19%. En comparaison, le pourcentage de personnes à temps partiel en Suisse avoisinait déjà les 25% en 1991. Fait essentiel, le temps partiel concerne nettement plus les femmes.
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Les raisons invoquées par les personnes qui travaillent à temps partiel peuvent être nombreuses: s’occuper d’enfants ou de proches, poursuivre des études, ou avoir plus de temps libre.
Parmi cette population, il existe aussi des travailleurs et travailleuses à temps partiel qui n’ont pas choisi cette situation et souhaiteraient travailler davantage. On parle alors de « sous-emploi ».
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Environ 261’000 personnes sous-employées en 2025
Selon l’Enquête suisse sur la population active (ESPA), ces travailleurs et travailleuses sous-employées représentent 261’000 personnes en moyenne sur l’année 2025, c’est-à-dire environ 5,1% de l’ensemble de la population active (qui s’élève à près de 5,4 millions d’individus en début 2026).
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Karin Schwiter et Reta Barfuss, deux chercheuses de l’Université de Zurich, ont travaillé sur les raisons de ce sous-emploi dans une nouvelle étude. Elles concluent que les personnes en sous-emploi sont des profils attractifs pour les employeurs.
Ces travailleurs et travailleuses coûtent moins cher et leur emploi du temps peut être ajusté aux besoins de l’entreprise. On les déploie par exemple le week-end. Ou alors elles font plus d’heures supplémentaires en période plus intense. Cette flexibilité permet au final aux employeurs de compenser partiellement les fluctuations de la charge de travail.
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Les chercheuses dénoncent également des incitations réglementaires néfastes, « telles que le seuil d’affiliation aux caisses de retraite (lire encadré 2) ou l’admissibilité des contrats prévoyant un nombre d’heures garanti minimal, qui poussent les employeurs à embaucher des salariés à de très faibles taux d’occupation ».
Secteur du nettoyage
Le sous-emploi est particulièrement répandu dans l’hôtellerie-restauration (23%), le commerce de détail (18%) et parmi le personnel de nettoyage (23%). Karin Schwiter et Reta Barfuss se sont penchées en détail sur le secteur du nettoyage. De nombreuses femmes issues de l’immigration y travaillent.
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« Elles trouvent rapidement du travail, mais seulement à la demande. Elles ne trouvent pas d’emplois leur assurant un salaire décent, explique au micro de SRF Karin Schwiter. Par conséquent, elles cumulent plusieurs emplois: nettoyage de bureaux tôt le matin, d’appartements en journée, puis de nouveau de bureaux le soir ». « Beaucoup de ces femmes sont sous-employées, mais surmenées », ajoute Reta Barfuss.
« Au moins une heure par semaine »
D’après l’étude, les contrats dits « à l’heure » sont particulièrement courants dans le secteur. Ces contrats stipulent, par exemple, « au moins une heure par semaine ». Au final, les employées travaillent souvent davantage, en fonction des besoins de l’employeur. Toutefois, ces heures supplémentaires ne sont pas garanties.
En théorie, cette situation est légale; les employées doivent simplement être informées à l’avance de leurs horaires de travail. Si elles effectuent régulièrement des heures supplémentaires sur une période prolongée, elles peuvent les réclamer – donc demander une majoration de 25% ou un congé compensatoire de durée égale.
En pratique, cependant, il est difficile de faire respecter ces conditions, car les agentes de nettoyage dépendent de leur(s) employeur(s).
Une précarisation de l’emploi qui pèse surtout sur les travailleuses
Les femmes sont bien plus touchées que les hommes par le sous-emploi. Toujours selon les statistiques fédérales pour l’année 2025, elles sont 185’000 à être sous-employées, soit 7,6% de la population féminine active, contre 76’000 hommes, soit 2,8% de la population masculine active.
En outre, les femmes sous-employées recherchent moins le plein emploi que les hommes. En ce qui concerne le taux d’occupation souhaité par les travailleurs et travailleuses en sous-emploi, les hommes indiquent davantage le souhait de travailler à plein temps (63,4%) que d’augmenter leur temps partiel (36,6%). On observe l’inverse chez les femmes (travail à plein temps: 44,1%; augmentation du temps partiel: 55,9%) », selon le rapport EPSA pour l’année 2024 (le rapport 2025 n’est pas encore établi).
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Les femmes migrantes sont plus susceptibles d’occuper un emploi à temps partiel involontaire que les Suissesses. Mais souvent, les mères qui souhaiteraient reprendre une activité professionnelle plus régulière après leur congé maternité sont également concernées.
Relativement à la hausse de la population, le sous-emploi a progressé sensiblement ces dernières années malgré une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Ce travail à temps partiel involontaire et la précarité d’emploi importante qui y est associée pèsent lourdement sur les personnes concernées, tant sur le plan financier que sur celui de la santé.
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Sujet original: Nora Meuli (SRF)
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)