Depuis une semaine, l’odeur du pain chaud flotte de nouveau dans les rues de Biver à Gardanne. Fermée depuis plus d’un an, la seule boulangerie du quartier vient de rouvrir ses portes après plusieurs mois de travaux. Le commerce a été entièrement repensé avec un nouveau matériel, un espace de vente modernisé et un coin snacking destiné à accueillir une clientèle de passage comme les habitués du secteur. Cette réouverture marque aussi une aventure humaine et une profonde reconversion professionnelle.
Derrière le comptoir ou au fournil, Anthony n’était pas destiné au départ au métier de boulanger. Ancien chef d’entreprise dans le domaine de la sécurité, il gérait près de quarante salariés. Un quotidien rythmé par les imprévus, la pression et la gestion du personnel, jusqu’au moment où tout a basculé. Un divorce, un problème de santé et une lassitude générale l’ont poussé à changer radicalement de voie.
« J’en avais assez de cette vie-là », confie-t-il simplement. En 2023, il décide alors de passer son CAP de boulangerie. Un pari audacieux mais mûrement réfléchi. Installé à Fuveau, où il a déjà acheté une première boulangerie, il a ensuite choisi de relever un nouveau défi en redonnant vie au fournil de Biver.
La recherche du contact humain
Le quartier n’avait plus de boulangerie depuis de longs mois, alors qu’il y en a eu jusqu’à quatre, il n’y a pas si longtemps. Pour de nombreux habitants, cette réouverture représente bien plus qu’un simple commerce de proximité. « Les gens ont besoin d’endroits où on les reconnaît », estime Anthony. Selon lui, beaucoup de clients souffrent aujourd’hui d’une forme d’anonymat dans les grandes surfaces et recherchent davantage de contact humain.
Depuis l’ouverture, l’accueil semble d’ailleurs très positif. Les habitants retrouvent avec plaisir un commerce de proximité au cœur du quartier. « La clientèle est très contente de notre arrivée », assure le boulanger, même si certains restent surpris par les prix du pain ou par la présence d’un monnayeur automatique installé dans le magasin. « On ne peut pas faire moins », rappelle-t-il, évoquant le coût des matières premières, de l’énergie et des investissements nécessaires pour remettre la boulangerie sur pied.
Anthony ne cache pas non plus les difficultés administratives rencontrées lors de cette installation. « L’administration, c’est l’enfer. On n’est pas aidé. Avant même d’ouvrir, des sommes astronomiques vous sont réclamées », regrette-t-il. Malgré tout, il ne souhaite décourager personne : « Il ne faut pas avoir peur de l’inconnu. Après, on est au bon vouloir de la clientèle. »
Le rythme de travail reste particulièrement soutenu. « Actuellement, je travaille de 5 heures du matin à 22 heures. Je ne connais pas de patron qui fasse 35 heures », sourit le boulanger. Mais l’objectif est clair : stabiliser et fidéliser rapidement l’activité. Dans les prochains mois, la boulangerie devrait employer quatre salariés à temps complet ainsi qu’un employé à mi-temps. Spécialisé dans les pains spéciaux, Anthony espère désormais inscrire durablement son commerce dans la vie quotidienne du quartier. À Biver, le fournil s’est rallumé, mais c’est aussi une nouvelle vie qui commence pour ce boulanger pas tout à fait comme les autres.