Comment se reconstruire après avoir vécu un drame? C’était la question posée à la Nuit du storytelling mardi à Rolle (VD), avec les récits de personnes ayant vu leur destin basculer du jour au lendemain. La RTS a recueilli le témoignage de deux de ces invités, unis par la même volonté de se relever après avoir connu le pire.
Président de la Chambre de commerce et d’industrie suisse et député au Grand Conseil genevois, Vincent Subilia est habitué à courir d’un mandat à l’autre. Mais au début de l’année, il s’était accordé trois semaines de vacances au Costa Rica pour fêter ses 50 ans. C’est lors d’un saut en parachute, le dernier jour de son séjour, que sa vie a basculé.
« C’était une activité dont on m’avait promis qu’elle ne présentait aucune dangerosité, en tout cas moins que de faire du vélo dans les rues de Genève », explique-t-il dans La Matinale de la RTS. Son parachute ne s’est toutefois pas ouvert et celui de secours ne s’est déployé que partiellement et très tardivement. Après une chute de 2600 mètres, une palmeraie a amorti le choc.
La vie, je la savoure au quotidien
Vincent Subilia
Vincent Subilia a subi de multiples fractures et des pertes de sang importantes. Il a cependant pu être transféré dans un hôpital « extrêmement bien équipé ». « Un orthopédiste très qualifié m’a charcuté pendant huit heures et m’a sauvé », précise-t-il, soulignant « le miracle d’être encore en vie ». « Et la vie, je la savoure au quotidien », ajoute le député genevois.
Vincent Subilia lors de la Nuit du storytelling, mardi à Rolle (VD). [RTS – Gianluca Agosta]
Après de nombreuses semaines passées en clinique, il poursuit encore sa rééducation avec trois à cinq séances de physiothérapie par semaine. C’est avec des béquilles qu’il a raconté son histoire au public réuni à Rolle, mais, selon son médecin, il devrait récupérer toutes ses capacités motrices.
Réaliser ses rêves
Sandra Baudin est, elle, une pianiste originaire de la Côte. Elle a découvert sa passion pour la musique dès l’enfance. Mais le 1er août 1999, elle est touchée par une balle perdue qui remet toute sa passion en question. « J’étais à une fête et j’ai vu quelqu’un qui, depuis son balcon, avait un vrai fusil et tirait sur les voitures », raconte-t-elle. « Quand j’ai reçu le coup, ça m’a coupé le souffle, mais j’ai cru que la détonation était un pétard du 1ᵉʳ août ».
Tu peux tomber autant de fois que tu veux, l’essentiel, c’est de toujours se relever
Sandra Baudin
La musicienne a ensuite découvert que le projectile s’était logé dans son bras. Un premier médecin veut l’amputer. Le deuxième tempère: une amputation n’est pas nécessaire, mais Sandra Baudin ne jouera plus jamais de musique de sa vie. « Quand cette personne m’a dit ça, le couperet est tombé et j’ai dit ‘je refuse' », réagit la pianiste. « Ce n’est pas quelqu’un qui va décider de ma vie. Qu’importent les épreuves, je réaliserai mon rêve ».
Sandra Baudin est aujourd’hui connue sous son pseudo K’Sandra De Brouet. Elle peut jouer de son instrument favori et est une artiste accomplie, avec 8000 compositions à son actif.
Sandra Baudin partage son expérience avec le public de la Nuit du storytelling, à Rolle (VD). [RTS – Gianluca Agosta] Créer du lien
Pour Sandra Baudin comme pour Vincent Subilia, raconter est un moyen de reprendre le contrôle et d’intégrer leurs événements dramatiques à leurs histoires de vie. Il s’agit d’ailleurs d’un point commun pour de nombreuses victimes de traumatismes, selon Giusi Daniele, psychologue au CHUV. « Être entendu et écouté est quelque chose qui est fait dans le lien, et ce lien est fondamental », souligne-t-elle.
Raconter son histoire a des vertus quasi thérapeutiques
Vincent Subilia
Pour Sandra Baudin, partager son expérience a ouvert une brèche, qui lui a permis d’avancer sans se décourager et de se dire que « tout est possible dans la vie ». « Tu peux tomber autant de fois que tu veux, l’essentiel, c’est de toujours se relever, un pas à la fois », dit-elle. « Moi, c’est ce que j’ai fait, un jour à la fois, une note à la fois ».
Vincent Subilia, de son côté, estime que le fait de raconter son histoire « a des vertus quasi thérapeutiques ». « Cela permet d’exorciser une part du trauma que l’on a pu vivre, donc cela participe aussi au processus de rééducation », indique-t-il. « Cela permet aussi de créer du lien avec celles et ceux qui nous écoutent, en empathie, parce que nous sommes tous confrontés à des difficultés dans l’existence ».
Pour lui, la résilience consiste à transformer ces difficultés, « parce que même si la vie est fragile, elle reste belle ».
Sujet radio: Gianluca Agosta
Adaptation web: Emilie Délétroz