Le Conseil municipal de la Ville de Genève a adopté mercredi soir, après trois heures de débats, une motion visant à sortir de la crise à la Comédie. Voulue par la commission des arts et de la culture (CARTS), la demande de réintégration pure et simple de la directrice du théâtre a été supprimée du texte.
Suite aux révélations de la Tribune de Genève en octobre dernier sur le management « toxique » de Séverine Chavrier, le MCG avait déposé une motion visant à faire toute la lumière sur la situation. La commission des arts et de la culture (CARTS), qui a auditionné vingt personnes, a rendu le 7 mai un rapport avec de nouvelles demandes qui ne sont toutefois pas contraignantes pour l’exécutif municipal.
Principal ajout: une demande de réintégration de la directrice. Séverine Chavrier avait été déchargée de ses fonctions opérationnelles en novembre par la Fondation d’art dramatique (FAD), qui chapeaute la Comédie de Genève et le Théâtre Le Poche. La FAD avait ensuite décidé de ne pas reconduire son mandat qui se termine en juin 2027, puis annoncé, le 8 mai, mettre un terme aux rapports de travail sur la base des conclusions d’un audit externe.
« Chasse aux sorcières »
Lors des débats entamés mardi soir, quasiment tous les groupes du délibératif ont déposé des amendements modifiant cette demande. « Notre motion a été dénaturée. Elle se concentre presque exclusivement sur la directrice qui n’est que la partie visible de l’iceberg », a regretté le MCG Amar Madani, insistant sur la nécessité de protéger le personnel, d’avoir une gouvernance saine et d’assurer la pérennité de la Comédie.
Autrice du rapport de la CARTS, la PLR Michèle Roullet a dénoncé « une chasse aux sorcières » et « la destruction, en six mois, de la plus grande scène romande ». En cause: les soubresauts de la FAD, le silence de l’exécutif, son autorité de surveillance, ainsi que le rôle de « pompier pyromane » de la secrétaire générale du Syndicat suisse romand du spectacle, selon la conseillère municipale.
« Reprise en main »
« Le PLR ne prend pas la défense de Séverine Chavrier, mais il y a des façons de faire qui respectent le droit, dont celui d’être entendu, les institutions et la personne », a déclaré Sébastien Aeschbach. Or la directrice n’a pas pu prendre connaissance de l’audit RH externe demandé par la FAD, a-t-il déploré. Plusieurs procédures judiciaires sont en cours. La fondation vient de proposer une médiation de sortie à Séverine Chavrier.
Pour l’UDC Alexandre Chevalier, la question de fond porte aussi sur la gestion des institutions culturelles de la Ville de Genève et le risque de contamination de cette crise. Il a appelé à « une reprise en main d’une institution qui déraille », à savoir la FAD, par la Ville de Genève. Le Conseil municipal lui attribue 15 millions de francs de budget, dont 12 millions pour la Comédie, a-t-il rappelé.
Apaiser la situation
A gauche, on a également déploré « une succession de décisions prises dans l’urgence avec des dégâts considérables », comme l’a relevé Laurence Corpataux. L’élue verte estime cependant qu’il faut attendre d’en savoir plus avec le rapport RH externe et l’audit de gestion de la Cour des comptes demandé par l’exécutif de la Ville de Genève, le Conseil administratif, dont les conclusions sont annoncées pour le mois d’août.
Un avis partagé par le PS et le groupe Ensemble à gauche et Union populaire (EAGUP), préoccupés par la santé du personnel. Parmi les ingrédients de cette crise, Brigitte Studer, d’EAGUP, a cité « le passage difficile d’un petit théâtre à une grande institution. » Pour la socialiste Paule Mangeat, le rôle du politique est d’agir sur la mission de la Comédie, notamment la programmation d’artistes locaux qui a été largement négligée par Mme Chavrier.
« Vous ne disposez pas de tous les éléments », a relevé la conseillère administrative Joëlle Bertossa, en charge de la Culture, faisant référence au rapport RH externe qu’elle a pu lire. Saluant le fait que la FAD, qui compte des représentants de chaque parti, a pris ses responsabilités, elle ne prévoit pas de lancer un appel d’offres pour la direction avant un an, le temps d’apaiser la situation.
ats/fgn