Le meilleur illusionniste est celui qui feint de vous révéler ses trucs. Stephan Eicher – bénéficiaire d’une rente vieillesse mais port de jeune premier – déploie dans son Seul en scène les artifices forains d’un théâtre autobiographique. Il s’extrait de haut-parleurs en forme de frigidaires, lance des diaporamas au moyen de télécommandes imaginaires. Les accessoires se déplacent par la magie des poulies qui sont les fils tirés d’une vie itinérante.
La salle est comble, comme à chaque fois. Depuis des décennies, depuis qu’il avait exactement la même tête, la même moustache d’alpagueur, les mêmes cheveux coquets qu’il rabat derrière l’oreille droite, les mêmes gilets d’écuyer ou de nomade, Eicher a tissé quelques pièges à audience dont il se sert comme lignes de fuite. Récemment, on l’a vu chanter Combien de temps avec une fanfare, avec des automates. Les tubes de Stephan Eicher ne sont pas seulement des rentes à vie mais des ponts vers l’au-delà.