Depuis le début de la nouvelle flambée des prix des carburants, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, Carole-Anne et Maureen ont réduit leurs déplacements. Ce jeudi, les deux sœurs ont fait une quarantaine de kilomètres avec leur belle-sœur, Marine, pour réaliser leurs achats dans un supermarché de l’agglomération morlaisienne. « On utilise une seule voiture pour aller faire nos courses et on fait beaucoup plus attention aux prix, on compare », confie l’aînée des deux sœurs, la trentaine, contrainte à s’organiser face à la baisse du pouvoir d’achat.
Une baisse de pouvoir d’achat bien réelle, explique Julien Lecumberry, économiste à la salle des marchés du Crédit Mutuel Arkéa : « Le pouvoir d’achat a reculé au second semestre 2025 et, aujourd’hui, la hausse assez significative du prix du carburant est une nouvelle brique sur un mur qui est déjà élevé en termes de ressenti », alors que les salaires, depuis 2024, ont progressé moins vite que l’inflation.
Piocher dans l’épargne et réduire ses dépenses
Dans ce contexte, les Français ont été contraints de réduire leur consommation de carburants. « Je ne prends plus ma voiture pour un oui ou pour un non. On fait plus attention à nos déplacements le week-end », illustre Christine, infirmière à l’hôpital, rencontrée devant un autre supermarché.
Selon les données publiées par le comité professionnel du pétrole, les livraisons de carburants routiers ont baissé de 6,5 % au mois d’avril, traduisant la baisse de la consommation obligatoire pour une bonne partie de la population pour laquelle les deux solutions se résument, rappelle l’économiste du Crédit Mutuel Arkéa, « à une réduction des dépenses et à une utilisation de l’épargne. »
Christine, comme beaucoup de Français, n’a pas eu d’autre choix que d’avoir recours à ces deux leviers : « Certains mois, on est obligé de piocher dans notre épargne dès le 15 du mois. »
« Peur du lendemain »
À un moment où « l’inflation va commencer à se propager mais devrait rester modérée », selon Julien Lecumberry, les Bretons font, malgré tout, preuve de prudence, laissant craindre une période de récession économique, notamment pour le secteur du bâtiment.
À quelques semaines des vacances d’été, les professionnels du tourisme s’en inquiètent déjà. Directeur de l’office de tourisme du Centre-Bretagne, Alexis Le Priellec craint une baisse de la consommation « pour la glace ou le parcours d’accrobranches qui n’étaient pas prévus », évoquant « une peur du lendemain qui ne se maîtrise pas. »
Seconde main
Alors, comme Sylvie, la soixantaine, un chou-fleur dans le chariot, les Français se concentrent plus que jamais sur les achats essentiels, pesant chaque dépense. « Je fais plus attention à chaque achat et nous n’allons plus au restaurant qu’une fois par mois », résume, pour sa part, Christine. Les deux sœurs ont même, de leur côté, arrêté leurs visites aux magasins de hard-discount pour reporter leurs achats de vêtements et de jouets pour les enfants sur la seconde main, anticipant de nouvelles hausses de prix.