Dans le cadre de l’enquête sur le drame du Constellation, le Ministère public valaisan s’intéresse à un incendie survenu en 2024 au Vieux Chalet, qui appartient également aux époux Moretti. Les procureures veulent savoir si le couple a escroqué l’assurance, révèle la RTS. L’avocat de Jacques Moretti dénonce cette démarche.

Mis en cause dans l’incendie du Constellation, Jacques Moretti est-il à l’origine du feu qui a ravagé un autre de ses établissements en 2024? Aurait-il ainsi escroqué l’assurance qui a versé des centaines de milliers de francs pour la remise à neuf du Vieux Chalet?

Le Ministère public valaisan veut en avoir le cœur net après avoir pris connaissance d’un rapport du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent de l’Office fédéral de la police (MROS) établi en lien avec l’instruction pénale sur le drame du 1er janvier.

Mandat d’investigation

Le Parquet a ainsi donné « un mandat d’investigation » à la police cantonale dans un courrier du 29 avril consulté par le Pôle enquête de la RTS. Il lui demande « d’analyser les soupçons formulés par l’Office fédéral de la police ».

Le rapport du MROS adressé aux magistrates enquêtrices remonte au 23 février. Dans ce document de 15 pages, l’Office fédéral de la police se demande si les époux Moretti ne se sont pas rendus coupables de blanchiment d’argent, gestion déloyale, faux dans les titres et infractions fiscales graves.

Pour le MROS, il est aussi question de « probables escroqueries aux assurances » en lien avec l’incendie du Vieux Chalet il y a deux ans.

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Seul dans l’établissement

Selon des documents de justice, mais aussi une vidéo inédite consultés par la RTS, ce restaurant, qui était en travaux, a pris feu le 29 février 2024 peu avant 23h. Quelque 40 pompiers et 12 véhicules interviennent alors et maîtrisent le sinistre.

Jacques Moretti est interrogé le lendemain par la police avec le statut de personne appelée à donner des renseignements, ce statut hybride entre le témoin et le prévenu. Il explique avoir racheté l’établissement six mois plus tôt et commencé des travaux à l’intérieur en début d’année.

Il précise qu’il était seul dans l’établissement le jour de l’incendie. « Il n’y pas eu de gros travaux. J’ai uniquement fait de la peinture à l’intérieur. J’ai fini en milieu d’après-midi et je me suis ensuite rendu faire des courses à Sion (…) A peine arrivé chez moi, le soir, j’ai eu le téléphone de la voisine du café qui me disait qu’il y avait déjà les pompiers sur place », répond-il aux inspecteurs le 1er mars 2024.

« Dysfonctionnement technique »

Deux mois plus tard, le 25 avril 2024, la procureure Diane Kronbichler s’appuie sur un rapport de la Section d’identité judiciaire de la police cantonale et rend une ordonnance de non-entrée en matière. A ses yeux, il n’y a aucun indice d’infraction pénale.

« Le feu a pris, probablement en raison d’un défaut technique de l’installation électrique du bâtiment, dans le tableau électrique situé au premier étage du bâtiment et s’est propagé au galetas par un ancien conduit de cheminée, occasionnant de la sorte des dégâts matériels importants », écrit-elle dans son ordonnance.

Selon elle, « l’hypothèse d’un incendie dû à un dysfonctionnement technique est privilégiée. De ce fait, l’intervention humaine délibérée ou fortuite, ainsi qu’un accident susceptible d’entraîner des responsabilités pénales peuvent raisonnablement être exclus. »

En avril 2024, le dossier du Vieux Chalet est donc archivé. Il est rouvert aujourd’hui à la suite du rapport établi par le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent de l’Office fédéral de la police.

« Probables escroqueries aux assurances »

Que contient ce rapport? Il faut préciser qu’il n’avance aucun indice concret d’incendie intentionnel au Vieux Chalet. Le MROS fonde ses soupçons sur le passé chargé de Jacques Moretti, déjà condamné pour une affaire de proxénétisme, mais aussi sur des communications de deux banques en relation commerciale avec les époux Moretti, la Banque cantonale du Valais et UBS, repreneuse de Credit Suisse.

A la lumière de ses lectures et des informations glanées, le MROS dresse un tableau très sombre des époux Moretti. Il évoque des « transactions opaques en lien avec d’autres relations bancaires », « une origine criminelle présumée » dans les versements en espèces, « un montage financier criminel présumé pouvant être comparé à un schéma de Ponzi », la présentation de « faux documents » aux banques, et donc aussi de « probables escroqueries aux assurances » en lien avec l’incendie du Vieux Chalet.

« Des actes d’instructions inutiles »

Contacté par la RTS, l’avocat de Jacques Moretti critique la décision des procureures de rouvrir ce dossier. « Je relève que ces faits ont déjà fait l’objet d’une investigation de la part des autorités pénales à l’époque qui n’ont pas constaté la moindre infraction pénale », écrit Me Patrick Michod.

« Aussi, je déplore que le Ministère public s’enlise dans des actes d’instructions aussi inutiles qu’infondés juridiquement et dont l’issue ne pourra différer de la décision prise en 2024 », ajoute-t-il.

Le fin mot de l’histoire sera connu dans plusieurs mois.

Fabiano Citroni, Pôle enquête RTS