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Des premières règles à 11 ans, un seul enfant à 35 ans, quelques
années de pilule… Ces détails intimes dessinent en réalité une
histoire hormonale complète. Des chercheurs coréens viennent de
montrer que cette biographie reproductive pourrait peser lourd dans
le risque de
cancer de l »ovaire
, l’un des cancers
gynécologiques les plus redoutés.

Règles précoces et longue vie
reproductive : quand le compteur s’emballe

En suivant 2 285 774 femmes de 40 ans et plus pendant en moyenne
10,7 ans, ils ont relié chaque étape clé de la vie fertile à la
survenue de 10 729 cancers de l’ovaire. Leur travail met aussi en
lumière un phénomène générationnel : dans un pays où les femmes ont
de moins en moins d’enfants, certains effets protecteurs
s’effacent. L’histoire commence parfois dès la sixième.

Les femmes ayant eu des
règles précoces
, à 12 ans ou avant,
présentaient un risque de cancer de l’ovaire augmenté de 37 % avant
la ménopause et de 24 % après, par rapport à celles dont les règles
avaient débuté après 16 ans. Plus les années de
cycles menstruels
s’enchaînent, plus l’ovaire est exposé aux
hormones et aux micro-agressions liées à l’ovulation,
un constat déjà décrit par de précédentes études.

Même logique pour la sortie du cycle : une ménopause à 55 ans ou
plus était associée à une hausse de risque de 36 %, et un
« span » reproductif d’au moins 40 ans à une hausse
de 21 %. Chez les femmes ménopausées, un
traitement hormonal substitutif
pris entre deux et cinq ans
augmentait encore légèrement le risque (environ +20 %), un effet
modeste mais mesurable.

Nombre d’enfants, allaitement, pilule :
des boucliers qui se transforment

Avoir au moins deux enfants restait globalement protecteur, avec
une baisse de risque d’environ 29 à 32 % selon le statut
ménopausique. Mais chez les femmes nées dans les années 1960, cet
effet disparaissait presque. En Corée du Sud, la fécondité est
passée de plus de quatre enfants par femme dans les années 1970 à
moins d’un en 2022 : deux enfants ne signifient plus « famille
nombreuse », et les ovaires traversent davantage de cycles.

Des recherches récentes ont révélé que l’effet protecteur des
grossesses varie. Dans les régions où les femmes ont moins
d’enfants et les ont à un âge plus avancé, les ovaires traversent
un plus grand nombre de cycles d’ovulation, ce qui peut augmenter
le risque de cancer. En même temps, les habitudes reproductives ont
changé au fil des années. Les variations dans les pratiques
d’allaitement et l’utilisation de contraceptifs peuvent également
avoir un impact sur le risque de cancer de l’ovaire.

Avant la ménopause, allaiter au total 12 mois ou plus réduisait
le risque d’environ 14 %, et prendre la pilule au moins un an
d’environ 25 %. Ces protections n’étaient plus nettes après la
ménopause. Les travaux européens vont dans le même sens :
grossesses, allaitement et contraception orale freinent le nombre
total d’ovulations, ce qui semble limiter le risque de
cancer de l’ovaire.

Moins d’enfants, plus de cycles de
fertilité : comment en parler avec son médecin

En France, environ 5 300 nouveaux cas de cancer de l’ovaire sont
diagnostiqués chaque année, souvent autour de 70 ans, sans
programme de dépistage organisé. Dans ce contexte, la « carte »
hormonale et obstétricale d’une femme aide à affiner son niveau de
risque. Des points simples peuvent être abordés en consultation
:

Age des premières règles et de la ménopause ou de leurs
prémices ;
Nombre d’enfants et âge aux grossesses ;
Durée totale de pilule et d’allaitement ;
Usage passé ou actuel d’un traitement hormonal
substitutif.

On ne peut pas réécrire sa vie reproductive, ni la présence de
gènes de prédisposition comme BRCA1 ou BRCA2, ni son année de
naissance. En revanche, la durée et l’indication d’un traitement
hormonal, les choix contraceptifs ou la prise en compte du poids
peuvent se discuter. Même si on ne sait pas dans quelle mesure ces
données coréennes peuvent être extrapolées à l’Europe, elles
rappellent un mécanisme clé : plus les cycles de
fertilité s’allongent, plus le risque semble grimper. Dans
les sociétés à faible fécondité comme la France, la protection
apportée autrefois par les familles nombreuses pourrait se faire
plus rare. De fait, les chercheurs insistent sur la nécessité
d’intégrer des antécédents reproductifs détaillés dans les
discussions et les conseils sur les risques de cancer de l’ovaire,
en particulier pour les patientes ayant eu leurs premières règles
tôt, une ménopause tardive ou un nombre d’enfants limité.