Menace ou technologie révolutionnaire, dans les allées du Festival de Cannes, l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres. Certains professionnels voient dans cet outil une aubaine. Pour l’actrice américaine Demi Moore, membre du jury du Festival, l’IA est compatible avec la création.

« La combattre, c’est livrer une bataille vouée à l’échec », a tranché la star hollywoodienne Demi Moore, membre du jury du festival, dès le début de la quinzaine cannoise. Elle appelle plutôt à « travailler » avec cet outil, qu’elle juge compatible avec la création. Une vision souvent partagée par les professionnels des marchés émergents, en Inde, en Amérique latine ou en Afrique, dont les financements sont moindres qu’en Europe ou aux Etats-Unis.

Parmi ses défenseurs les plus enthousiastes, Kishore Lulla, poids lourd du cinéma indien reconverti dans l’IA via son entreprise Eros Innovation. « Au lieu d’avoir peur de l’IA et de penser: ‘Je vais perdre mon travail’, il faut l’adopter », a lancé le magnat du divertissement en marge du Festival.

>> A voir, le sujet d’Anne Fournier dans la Matinale consacré à l’IA au Festival de Cannes : Les startups d’IA s’invitent désormais au Festival de Cannes Les startups d’IA s’invitent désormais au Festival de Cannes / La Matinale / 5 min. / aujourd’hui à 07:00 Une menace pour de nombreux emplois

Mais cette approche ne fait pas l’unanimité. Les professionnels des métiers techniques craignent une disparition progressive des nombreux emplois de plateau: chefs opérateurs, décorateurs, maquilleurs ou encore accessoiristes. Les syndicats s’élèvent aussi contre les conditions d’entraînement des modèles d’IA, soupçonnés de s’appuyer sur des oeuvres existantes sans autorisation de leurs auteurs et autrices.

Ces inquiétudes ont poussé les autorités françaises à réagir. En visite à Cannes, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a annoncé que le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) allait prochainement modifier ses règles pour mieux protéger la création. L’institution, qui joue un rôle majeur dans le financement du 7e art, ne soutiendra pas « des oeuvres où l’IA se substituerait au créateur, au lieu de lui apporter des outils supplémentaires », s’est engagée la ministre.

>> A voir, un décryptage consacré au débat cannois sur l’utilisation de l’IA : L'IA s'invite sur le tapis rouge à Cannes en 2026. [Depostiphotos - arp/IA] L’IA au cinéma / Décryptage culture / 1 min. / hier à 14:10

Interrogé par la RTS concernant la décision du CNC, Thierry Jobin, directeur du FIFF (Festival internationl du film de Fribourg), considère qu’il sera difficile de déceler la part de travail générée par IA dans les créations artistiques. « Je défie la ministre française de trouver beaucoup de projets en France où il n’y a pas, à un moment donné, l’IA qui est intervenue, que ce soit pour le graphisme, pour raconter l’histoire ou en tout cas les prémices », indique-t-il.

Une aubaine pour les petits budgets

De leur côté, de jeunes réalisateurs voient en l’IA un moyen inédit d’accéder à une industrie longtemps fermée. « Cet outil va permettre d’égaliser un peu les chances » dans le cercle fermé du cinéma, selon Omar Dawson, réalisateur français dont le court métrage créé avec l’aide de l’IA a été sélectionné dans plusieurs festivals. « Aujourd’hui, les grands studios utilisent déjà de l’IA. Pourquoi les gens modestes n’y auraient-ils pas droit? L’IA permet de raconter nos histoires. Parce qu’au fond, le cinéma, c’est raconter des histoires », assure-t-il.

C’est précisément le créneau que vise la start-up française Inevitable, qui combine studio d’animation et intelligence artificielle pour « réaliser un film de la qualité d’un blockbuster en quatre mois pour 250’000 euros », vante-t-elle. Son PDG, Jean Mach, assure que « toute la chaîne des droits est respectée », du scénario à la musique. Les acteurs tournent en capture de mouvement sur fond vert avant que l’IA ne génère les environnements.

ats/ld