En renonçant à l’appellation « eau minérale naturelle » pour sa nouvelle gamme « Simpli Water », l’entreprise broyarde Henniez peut légalement éliminer les traces de molécules indésirables avec un traitement au charbon actif. Chère, cette eau a-t-elle davantage de valeur que l’eau du robinet, qui est aussi traitée ? On en parle a mené l’enquête.

Pourquoi faire de manière clandestine ce qu’on peut faire au grand jour? Henniez l’a bien compris en créant une nouvelle gamme de bouteilles d’eau filtrée, c’est-à-dire nettoyée des traces de polluants comme le fongicide chlorothalonil. Si l’entreprise a été condamnée en juillet 2025 pour avoir vendu de l’eau filtrée sous l’appellation « eau minérale naturelle », rien ne l’empêche de vendre cette eau sous un autre nom. En l’occurrence, « Simpli Water ».

Cette gamme existe en version 5dl, 1l et 1,5l, avec ou sans bulles. L’appellation  »eau filtrée » est indiquée juste à côté d’un petit drapeau suisse. Cette eau coûte presque aussi cher que l’eau minérale naturelle, à 1 franc et 5 centimes le litre chez un grossiste, contre 1 franc et 10 centimes pour l’Henniez bleue ‘classique’.

Pas d’indication sur la minéralité

En Suisse, l’eau du robinet est aussi filtrée. Pourquoi les consommatrices et consommateurs devraient-ils acheter de l’eau « Simpli Water » et la payer plus d’1 franc le litre, soit 100 fois plus cher?

« Simpli Water provient d’une ressource en eau dédiée, qui garantit une composition stable. Chaque goutte est filtrée pour un goût pur, avec le gage de qualité et confiance des créations Henniez. C’est simple! Nous filtrons chaque goutte pour un goût pur, pas d’artifices ! Pas de blablas ! », dit la pub d’Henniez.

A noter que sur les étiquettes de « Simpli Water », il n’y a pas d’indication sur la minéralité, c’est-à-dire la teneur de l’eau en calcium et magnésium, par exemple.

Quelle différence avec l’eau du robinet?

La FRC, en revanche, n’est pas convaincue. « Si l’on veut consommer de l’eau filtrée, pas besoin de se rendre au supermarché et de mettre le porte-monnaie à contribution. On peut simplement ouvrir son robinet », explique la Fédération à On en parle. Selon elle, la situation n’est pas claire pour le consommateur. « On peut légitimement se demander si l’appellation « eau filtrée », nouvelle sur le marché et discrètement apposée sur le packaging, est réellement parlante pour le consommateur: avec un emballage très similaire à l’eau minérale d’Henniez, tant dans la forme de la bouteille que dans le style graphique utilisé, le consommateur a-t-il vraiment toutes les infos en main pour faire un choix éclairé au rayon boissons? »

Pour l’Association suisse des producteurs d’eau minérale, également interrogée par On en parle, la clarté de l’étiquetage est le plus important. « Nous attachons une importance particulière à une distinction claire entre l’eau minérale et l’eau potable, notamment dans l’optique d’une concurrence équitable. Les produits doivent être correctement déclarés afin que les consommatrices et consommateurs puissent faire un choix éclairé. »

Pas d’indication sur la minéralité

Interrogé par On en parle, Nestlé Waters insiste sur le fait que cette nouvelle eau est clairement identifiable, avec une bouteille teintée en bleu, ou encore « un nom de marque [Simpli Water], en anglais, qui ne renvoie pas une origine géographique ». L’entreprise ajoute que cette eau utilise des charbons actifs pour purifier l’eau, mais qu’elle n’est pas « traitée au chlore ni avec d’autres traitements chimiques ».

Il existe d’autres exemples à Zurich et à Lausanne d’eau filtrée en bouteille, respectivement depuis 2016 et 2022. Il y a aussi l’exemple de Perrier, en France, qui commercialise aujourd’hui des eaux filtrées, parfois avec des arômes.

Sujet radio: Mathieu Truffer et Bastien von Wyss

Adaptation web: Myriam Semaani