Le nom de Vincent Bolloré est désormais incontournable en France, lui qui a mis son vaste empire médiatique au service de l’extrême droite. En face, l’homme d’affaires progressiste Matthieu Pigasse, propriétaire notamment de Radio Nova, s’est donné pour mission d’y faire obstacle. Mais les échelles restent incomparables.
Depuis son rachat du groupe Canal+ en 2012, le multimilliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré a bâti un empire médiatique d’opinion qui comprend, entre autres, la chaîne de télévision CNews, la radio Europe 1, le Journal du Dimanche ou le groupe d’édition Hachette (Grasset, Fayard, Larousse…).
En outre, avec Canal+, principal financeur du cinéma français, le Breton possède aussi un levier d’influence important sur la première industrie cinématographique d’Europe, dont il a récemment fait un usage remarqué (lire encadré).
Moins connu, le banquier d’affaires et ancien haut-fonctionnaire Matthieu Pigasse cherche désormais à lui faire opposition via sa holding Combat Media, qui comprend le magazine Les Inrocks, des participations au capital d’autres titres de presse (dont Le HuffPost) et entreprises culturelles, et surtout la chaîne Radio Nova, en plein essor.
À la tête d’une fortune estimée à plusieurs centaines de millions d’euros, cet ancien proche du Parti socialiste assume de mener une bataille culturelle pour la gauche. « L’objectif est simple: gagner la bataille des idées et des images pour gagner la bataille électorale », exposait-il sans détours en janvier au micro de France Inter.
>> Ecouter l’épisode du Point J sur Vincent Bolloré : Qui est vraiment Vincent Bolloré? / Le Point J / 14 min. / le 22 avril 2026 Le succès de Radio Nova
Aujourd’hui, son principal atout est Radio Nova. Née avec le mouvement des radios libres au début des années 1980, cette antenne culte est longtemps restée confidentielle. Elle était même au bord du précipice au début des années 2010. Mais depuis son rachat en 2015, elle a trouvé sa formule et a même doublé son audience durant l’année écoulée.
Pour l’historien du journalisme Alexis Lévrier, cette renaissance est due à son « positionnement clair » politiquement, mais aussi à son opportunisme: « Ce succès s’explique par les carences de l’audiovisuel public en France. Il est tellement attaqué qu’on y a vu disparaître progressivement l’humour politique. Ses radios se sont un peu aseptisées de ce point de vue là et ses humoristes sont parti vers Radio Nova. »
Ses audiences ont d’ailleurs pris l’ascenseur après l’arrivée en 2024 de l’humoriste Guillaume Meurice, licencié de France Inter pour une blague sur le Premier ministre israélien.
>> Guillaume Meurice était récemment l’invité de l’émission Forum, qui a débouché sur un échange animé :
Guillaume Meurice et Sandrine Deloffre présentent le 2e tome de leur bande dessinée « La révolte sans précédent » / Forum / 13 min. / le 8 mai 2026
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Pas la même échelle
Toutefois, Alexis Lévrier met en garde contre la tentation d’établir de « fausses symétries » entre Vincent Bolloré et Matthieu Pigasse. « La différence d’échelle saute aux yeux, on n’est pas du tout dans une polarisation à armes égales », note-t-il.
On est dans un rouleau compresseur réactionnaire, une offensive comme la France en a connue entre l’affaire Dreyfus et la collaboration
Alexis Lévrier, historien du journalisme
Car d’un côté, « on est dans un rouleau compresseur réactionnaire, une offensive comme la France en a connue entre l’affaire Dreyfus et la collaboration. Et on sait comment ça s’est terminé », rappelle l’historien. « C’est de cette nature-là, avec des médias encore plus puissants qu’à l’époque. Et en face, il y a quelques médias qui sont des îlots de résistance. »
Par ailleurs, alors que Vincent Bolloré et sa fortune estimée autour de dix milliards d’euros font partie des quinze plus grandes fortunes de France – aux côtés d’autres magnats des médias comme Patrick Drahi ou Rodolphe Saadé –, Matthieu Pigasse, lui, ne figure même pas dans le top-500 du classement du magazine Challenge.
Pluralisme ou polarisation toxique?
Cela n’empêche pas le millionnaire d’aspirer désormais à créer une chaîne d’info en continu, projet considéré par les uns comme une nécessité en matière de pluralisme, perçu par d’autres comme un risque de polarisation toxique, à un an de la présidentielle.
Alexis Lévrier estime par exemple que porter un combat politique via un groupe médiatique devrait être illégal, peu importe l’obédience idéologique.
Par ailleurs, une enquête publiée en avril par le journal Libération a fait état d’un malaise au sein du groupe Combat à partir de mai 2025 en raison de la promotion de la compagne de Matthieu Pigasse, Wassila Meddas, à un poste de « directrice des marques » créé pour l’occasion. Cette dernière, âgée de 31 ans, a aussi été accusée par une partie des salariées de management brutal, selon le journal.
La même enquête faisait aussi état de relations difficiles entre Akim Omiri, animateur de l’émission-phare, ‘La Riposte’ et une partie des équipes de Radio Nova.
Sujet radio: Alexandre Habay
Texte web: Pierrik Jordan