La guerre entre l’Iran et les États-Unis et le blocage du détroit d’Ormuz font exploser le prix du bitume en Suisse. Depuis le début de l’année, les tarifs ont doublé, mettant sous tension la rentabilité des entreprises de construction et menaçant l’approvisionnement du pays.

Le bitume, ce « sang noir » indispensable à nos routes et chantiers, est devenu une denrée rare et onéreuse. Dérivé du pétrole, son prix s’envole depuis le blocage du détroit d’Ormuz, conséquence directe du conflit entre l’Iran et les Etats-Unis.

Sur un parking genevois où 13’000 tonnes de bitume viennent d’être soudées, Benjamin Hinterlang, conducteur de travaux, peine à masquer son inquiétude: « On a une augmentation moyenne de 10% à 15% sur l’ensemble des produits depuis environ début avril, sur l’ensemble des fournisseurs, ce qui est vraiment énorme et met nos marges quasiment à 0 », explique-t-il dans le 19h30 de la RTS.

Des délais qui s’allongent

Au-delà de la question tarifaire, c’est l’approvisionnement lui-même qui inquiète. Les délais de livraison s’allongent. « Un produit comme celui-ci, en général, on avait 1 à 2 jours avant de pouvoir se faire livrer (…) aujourd’hui on a deux à trois semaines », déplore Benjamin Hinterlang.

A Martigny, où l’on coule de l’enrobé bitumeux pour les routes, la situation est tout aussi préoccupante. Comparé au début de l’année, le prix de la tonne de bitume a bondi de 120 à 200 francs, soit une hausse vertigineuse de 30 à 50%. Mais c’est surtout la crainte d’une pénurie qui inquiète les producteurs.

François Glassey, membre du comité d’Asphaltsuisse, explique cette vulnérabilité: « Dans la production de bitume destiné à la construction routière, les pétroles bruts du Moyen-Orient sont les meilleurs. D’un autre côté, nos produits représentent des produits de niche. Les contingents, les quantités, les attentes du marché sont bien moins grandes que ce qui se passe pour les usagers de la route en général, donc on passe au second plan. »

Pas de panique du côté de l’OFROU

Alors faut-il s’attendre à des retards ou à des chantiers à l’arrêt? Pas forcément, rassure l’Office fédéral des routes, qui reste néanmoins vigilant. Marina Kaempf, porte-parole de l’OFROU, précise la stratégie en cas de pénurie: « Dans le cas éventuel où il devait y avoir une situation critique, ce serait comme dans toute situation critique, on devrait faire une priorisation des chantiers: qu’est-ce qui est le plus essentiel et qu’est-ce qu’on doit absolument garder pour la sécurité des usagers de la route? »

Pour l’heure, pas de paralysie, mais une surveillance du marché. Car aujourd’hui, aucune alternative crédible au bitume n’existe encore pour la construction routière, même si la recherche travaille activement à en trouver.

Clémence Vonlanthen