Avec cette anatomie féminine tricotée, Céline Badet sensibilise sur les zones érogènes parfois inconnues de ses clientes. – © Etienne COLIN

À 29 ans, Céline Badet, vendeuse par correspondance, brise les tabous sur l’orgasme féminin. Entre anatomie en tricot et réunions à domicile avec jouets coquins sur les étalages, elle libère la parole… et le plaisir dans l’Est.

« Pour le plaisir ! » Ce long métrage sorti semaine dernière dans toutes les salles de France, opère un démarrage prometteur. S’il est un peu tôt pour parler d’un « carton », à Paris, les premières séances ont montré un fort intérêt du public. Le sujet de l’invention d’un sextoy par un mari ingénieur pour sa femme qui n’a jamais connu l’orgasme, semble piquer la curiosité des cinéphiles. « Rien d’étonnant », sourit Céline Badet. « Le sujet de l’orgasme féminin fait débat et beaucoup de femmes ne l’ont jamais rencontré ».

À 29 ans, la professionnelle mène une vie à cent à l’heure qui bouscule les préjugés. Native de Haute-Saône, aujourd’hui installée dans le Territoire de Belfort, cette mère de quatre enfants a troqué le secteur de l’outillage pour le bâtiment et l’industrie suisse contre une mission bien plus intime : libérer la parole sur la sexualité féminine. Depuis un an, elle est devenue leader pour une marque de vente à domicile (VDI), encadrant une équipe de 53 personnes sur tout le Grand Est. Sous le nom de « Coquelic’ose », elle parcourt la Bourgogne, l’Alsace et la Franche-Comté pour briser un tabou qui a la peau dure.

Pédagogie contre tabous

Pour Céline, le constat est sans appel : « Une femme sur deux ne connaît pas son anatomie. Au collège, on parle de maladies sexuellement transmissibles, d’anatomie masculine, mais pour les filles, c’est le néant. La masturbation féminine est un sujet honteux, c’est tabou. » Contre cette ignorance, elle déploie un arsenal pédagogique surprenant lors de ses réunions : vulves en tricot pour expliquer l’anatomie féminine et surtout le clitoris, ce grand méconnu. Elle rappelle que l’orgasme n’est pas un luxe, mais un droit à la découverte de soi, passant par la compréhension de son corps. « Je milite au quotidien pour que chaque femme s’ouvre sur sa sexualité. La sienne, pas celle qu’on lui impose ».

Ses réunions aux domiciles de femmes ne sont pas de simples ventes, ce sont des espaces de liberté. Entre rires et confidences, elle voit défiler des femmes de 18 à 89 ans. « Ma plus fidèle cliente, Françoise, est l’aînée. Elle a 89 ans. Elle m’appelle tous les trois mois », confie-t-elle. Preuve que le plaisir n’a pas d’âge ni de classe sociale. En Haute-Saône, elle note d’ailleurs une mentalité plus ouverte, moins « coincée » qu’ailleurs.

De l’aspirateur au « Rabbit »

Finie l’époque des sextoys rudimentaires. Aujourd’hui, la technologie se met au service du bien-être : aspirateurs à air pulsé (le célèbre Womanizer), « rabbits » et jouets connectés à distance pour les jeux à deux. Mais Céline insiste sur un point crucial pour rassurer les partenaires : « Un jouet ne remplacera jamais un homme. Ce n’est pas un concurrent, c’est un complément. Le seul vrai concurrent, c’est l’amant ! » (elle rit). Son agenda, complet jusqu’en août, témoigne d’un besoin immense.

Elle multiplie les événements insolites, comme une chasse aux œufs coquins à Citers qui a réuni 80 personnes, ou un loto spécial dans le 90 attirant 169 participants.

Si son métier interroge parfois les plus sceptiques, la jeune femme a trouvé sa voie.

Même son père, de culture catholique conservatrice, partage désormais ses publications sur les réseaux sociaux. Son ambition ne s’arrête pas aux salons des particuliers : elle souhaite porter son message dans les maisons de retraite et les structures pour personnes handicapées (IME), convaincue que l’accès au plaisir participe à la confiance en soi. « Je n’ai jamais été aussi épanouie », conclut celle qui s’est imposée là où d’autres ont abandonné.

Son objectif ultime ? Que chaque femme possède son propre jouet pour apprendre à connaître son corps et, enfin, atteindre cet orgasme trop longtemps resté sous silence. Une révolution intime qui, grâce à elle, ne fait que commencer.