Fait rare, Fedpol a ouvert les portes de ses centrales à la RTS. Jours et nuits, des policiers fédéraux y coordonnent des milliers d’échanges d’informations entre les polices suisses et étrangères. Cette coopération internationale repose largement sur les accords Schengen – des accords menacés en cas d’acceptation de l’initiative de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions! ».
Benedikt Scherer a fort à faire. Sa prochaine mission consiste à transformer un bureau vide en un centre opérationnel actif 24h/24 et 7 jours sur 7. Il y sera contrôlé toutes les données des passagers aériens à destination de la Suisse – avant même qu’ils n’entrent dans l’avion.
« S’il y a une correspondance avec une alerte, la police cantonale est mobilisée et la personne est contrôlée à la porte d’embarquement de l’aéroport, voire arrêtée », explique le cochef de la coopération policière internationale à l’Office fédéral de la police (Feddpol).
>> Le reportage du 19h30 dans les centrales ultra-protégées de Fedpol :
Pierre Nebel revient sur les conséquences éventuelles d’une sortie de Schengen / 19h30 / 2 min. / aujourd’hui à 19:30
Ce centre, voulu par le Conseil fédéral et le Parlement, sera opérationnel dès le mois de février 2027. Ce sera la dernière corde à l’arc de la coopération policière internationale de la Confédération.
La coopération internationale, « le cœur de Fedpol »
Dans un autre centre de Fedpol, qui fonctionne également à toute heure du jour ou de la nuit, on coordonne déjà les informations entre les polices suisses et étrangères.
« C’est le cœur de Fedpol, parce qu’il y a toute l’information qui passe par ici », révèle Laura Antonelli Müdespacher, également cocheffe de la coopération policière internationale de Fedpol.
« La coopération policière internationale est de plus en plus importante parce que les criminels sont agiles, mobiles, interconnectés. Donc la police aussi doit se connecter. L’échange d’informations est vraiment essentiel pour notre travail », affirme-t-elle.
>> Ecouter aussi les explications de Pierre Nebel sur les conséquences éventuelles d’une sortie de Schengen :
Pierre Nebel revient sur les conséquences éventuelles d’une sortie de Schengen / 19h30 / 1 min. / aujourd’hui à 19:30 Accords Schengen
Au cœur des échanges d’informations qui ont cours au sein des différents centres de Fedpol, se trouve la plateforme SIS, pour « Système d’Information Schengen ». C’est la plus grande base de données de sécurité et de gestion des frontières en Europe.
Les accords Schengen donnent la base légale aux polices suisses pour avoir accès à ces données, qui appartiennent à une trentaine de pays. Or, ces accords sont menacés par l’initiative de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions! », qui exige en dernier recours une dénonciation de l’accord sur la libre circulation. Renoncer à cet accord spécifique pourrait faire sortir la Suisse de l’ensemble du système Schengen, dont le SIS.
« Une fois qu’il n’y a plus le système Schengen, il faudrait voir avec tous ces pays la suite de la procédure, décider comment on continue la collaboration », s’inquiète Laura Antonelli Müdespacher.
Clé de voûte de la coopération policière
Les polices suisses seraient-elles vraiment privées du SIS en cas d’acceptation de l’initiative? L’UDC, qui porte ce projet de modification de la Constitution, n’y croit pas.
« Personne au sein de l’Union européenne n’a intérêt à laisser se créer un ventre mou suisse en termes de sécurité. Ce serait absolument invraisemblable que les pays européens puissent nous jeter dehors du SIS », répond au micro de la RTS le Valaisan Jean-Luc Addor, conseiller national UDC.
Les données Schengen sont la clé de voûte de la coopération policière. Grâce à elles, l’an passé, les polices suisses ont obtenu plus de 20’000 fois des données sur des personnes recherchées, disparues, ou encore à expulser.
Sujet TV: Michael Maccabez
Adaptation web: Julien Furrer