Alors que SpaceX vient de réaliser avec succès le premier vol de la version V3 du système Starship/Super Heavy, la course vers la Lune entre dans une phase décisive.
Pour SpaceX, comme pour son concurrent Blue Origin qui développe de son côté le Blue Moon, 2026 sera une année charnière : les deux acteurs doivent démontrer que leurs véhicules spatiaux respectifs sont capables de préparer de véritables missions lunaires.
Pour SpaceX et Elon Musk, les ambitions sont clairement affichées. Et le calendrier, serré. D’ici à fin 2026, plusieurs jalons majeurs du programme Starship HLS devront être franchis. Ce vaisseau, dérivé du Starship standard, est spécifiquement conçu pour se poser sur la Lune et en redécoller, avec un équipage à bord.
L’entreprise fait le pari d’être prête pour Artemis III, une mission de démonstration aujourd’hui prévue pour fin 2027, au cours de laquelle un Starship HLS devra réaliser, en orbite terrestre, un rendez-vous et un amarrage avec un vaisseau Orion habité. Un exercice grandeur nature, crucial pour valider l’ensemble de la chaîne opérationnelle avant de s’aventurer vers la Lune.
Un exercice grandeur nature, crucial pour valider l’ensemble de la chaîne opérationnelle avant de s’aventurer vers la Lune
Puis viendra Artemis IV, actuellement programmée pour 2028, mais plus vraisemblablement 2029 au vu des délais qui s’accumulent dans le programme.

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Cette mission marquera le grand retour des Américains sur la surface de la Lune, plus de 50 ans après qu’Apollo 17, qui a été la dernière mission habitée à se poser sur la Lune en décembre 1972. Cette fois, l’objectif n’est plus simplement de planter un drapeau : il s’agit d’ouvrir la voie à une présence humaine durable sur notre satellite naturel.
Une cabine qui prend vie
Dans les ateliers de SpaceX, la cabine du Starship HLS sort progressivement des chaînes de production. Et il ne s’agit pas d’un simple prototype ou d’une maquette d’ingénierie : cette cabine est conçue pour voler. Elle intègre l’ensemble des systèmes nécessaires à la survie et au travail des astronautes dans l’espace profond.
Au programme : systèmes d’avionique et d’alimentation, interfaces et mécanismes dédiés à l’équipage, contrôle environnemental et survie, communications et régulation thermique de la cabine. En clair, tout ce qu’il faut pour que des êtres humains puissent vivre, travailler et survivre à bord lors d’un alunissage et d’une mission de plusieurs jours sur la surface lunaire.
Comme le souligne SpaceX dans un communiqué, « cette cabine capable de voler permettra aux ingénieurs de démontrer une grande maturité de conception des différents systèmes nécessaires pour prendre en charge un atterrissage humain sur la Lune ».
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Mais au-delà des tests techniques, cette cabine remplira une fonction tout aussi essentielle : celle de simulateur d’entraînement ultra-réaliste pour les futurs explorateurs lunaires. Les astronautes qui poseront le pied sur la Lune dans le cadre d’Artemis s’y prépareront dans un environnement fidèle à ce qu’ils vivront réellement là-bas.
2026 : L’année de tous les défis
Si la fabrication de la cabine représente une avancée matérielle majeure, les yeux de la communauté spatiale sont surtout tournés vers deux tests de vol décisifs, tous deux prévus pour 2026. Leur réussite conditionne la faisabilité même des missions lunaires habitées.
Un Starship en orbite pour une longue durée
Le premier test consistera à envoyer un Starship V3 en orbite terrestre pour une mission de longue durée. L’objectif est de collecter des données précieuses sur le comportement réel du véhicule dans les conditions de l’espace :
performances de propulsion sur une longue période ;comportement thermique du vaisseau en microgravité ;stockage des propergols cryogéniques (méthane et oxygène liquides) dans le temps ;caractérisation du boil-off, c’est-à-dire l’évaporation naturelle et progressive des ergols à très basse température.
Ce dernier point est particulièrement critique. Dans l’espace, les propergols liquides ont tendance à s’évaporer lentement, faisant baisser les réserves disponibles au fil des heures. Comprendre et maîtriser ce phénomène est indispensable pour garantir qu’un Starship arrive à destination avec suffisamment de carburant pour se poser, accomplir sa mission et repartir.
This is the technology that could change everything for Starship.
Orbital refueling means transferring ultra-cold propellant, mainly liquid oxygen and methane, from one Starship to another while already in orbit.
That capability is considered one of the most important steps for… pic.twitter.com/xJdWollOAb
— Space Fans (@spac_fans) May 18, 2026Le transfert de propergol : la clé de voûte de l’architecture lunaire du Starship
C’est sans doute le test le plus attendu et le plus complexe du Starship. Une fois le premier vaisseau en orbite, un second Starship sera lancé pour le rejoindre. Les deux appareils procéderont alors à une démonstration inédite à cette échelle : le transfert de propergol de vaisseau à vaisseau en orbite terrestre.

SpaceX va tester le transfert de carburant entre deux Starship en orbite
Pour aller sur la Lune ou à destination de Mars, les Starship de SpaceX devront être ravitaillés en orbite avec de très grandes quantités d’ergols. Une manœuvre de cette envergure n’a jamais été réalisée en orbite, à l’exception des cargos ravitailleurs de la Station spatiale internationale. Début 2025, SpaceX lancera deux Starship, un chasseur et une cible, pour démontrer cette technologie…. Lire la suite
La raison de cette manœuvre est simple dans son principe, mais redoutable dans son exécution. Le Starship HLS qui doit se poser sur la Lune ne peut pas emporter seul, depuis le sol, tout le carburant nécessaire à un aller-retour lunaire complet. Les lois de la physique et les capacités de lancement l’en empêchent.
La solution imaginée par SpaceX est audacieuse : plusieurs vaisseaux « pétroliers » ravitaillent le Starship HLS en orbite terrestre avant que celui-ci ne s’élance vers la Lune avec ses réservoirs pleins.
Grâce à ce système de ravitaillement orbital, le Starship HLS pourra transporter jusqu’à 100 tonnes de charge utile directement à la surface lunaire. Rovers pressurisés, habitats gonflables ou en « dur », générateurs d’énergie, équipements scientifiques : la Lune pourrait ainsi recevoir, mission après mission, les infrastructures nécessaires à une présence humaine permanente et durable.
Pour réussir ces deux tests, SpaceX s’appuie sur plusieurs innovations technologiques développées et validées en parallèle.
Une architecture d’amarrage repensée
Les Starship V3 sont équipés de ports d’amarrage et peuvent être configurés en vaisseaux pétroliers grâce à l’ajout de sondes d’amarrage. Le point de connexion utilisé pour le chargement de propergol au sol a également été revu et adapté pour permettre le transfert en orbite. Une évolution technique en apparence discrète, mais fondamentale pour toute la chaîne logistique spatiale envisagée par SpaceX.
Les capteurs DragonEye : une technologie éprouvée
Pour assurer le rendez-vous orbital entre les deux vaisseaux, SpaceX n’a pas réinventé la roue. L’entreprise s’appuie sur les capteurs de navigation DragonEye, déjà utilisés avec succès lors de dizaines amarrages du vaisseau Dragon à la Station spatiale internationale.
Fort d’un vaste héritage de vol, ce système a été spécifiquement re-testé pour valider ses performances dans le contexte particulier du Starship, un véhicule bien plus grand et bien plus lourd que Dragon.
Mesurer le carburant dans l’espace : le défi de la microgravité
Un problème en apparence banal devient un véritable casse-tête en apesanteur : comment savoir combien de carburant reste dans les réservoirs lorsque les liquides flottent librement sans forme définie ?
Pour répondre à cette question, SpaceX a développé des capteurs expérimentaux de mesure du propergol basés sur des mesures radiofréquences. Embarqués sur chacun des récents vols test de Starship, ces capteurs permettent de mesurer avec précision les niveaux de propergol en microgravité, une donnée absolument critique pour planifier et exécuter un transfert orbital en toute sécurité.
Une vision qui dépasse la Lune
Ce qui se joue avec ces tests en 2026 dépasse largement les frontières du programme Artemis. En maîtrisant le ravitaillement orbital à grande échelle, SpaceX pose les fondations d’une architecture réutilisable et modulaire capable d’alimenter des missions vers des destinations toujours plus lointaines.
La Lune d’abord, pour y établir une présence durable. Mars ensuite, avec des missions habitées qui nécessiteront elles aussi plusieurs ravitaillements en orbite. Et au-delà, les astéroïdes et les confins du Système solaire, que SpaceX ambitionne d’atteindre à terme avec cette même architecture.
