Les températures ont dépassé lundi les trente degrés dans plusieurs pays européens et elles devraient encore grimper. C’est la première fois que la Suisse fait face à un épisode de canicule si tôt dans la saison. La climatologue Sonia Seneviratne alerte sur une extension de la période des canicules et un risque d’emballement climatique.
En France, le record de température a été enregistré lundi pour un mois de mai depuis le début des mesures. L’indicateur thermique national, qui mesure la température moyenne de l’air dans 30 stations météorologiques, a atteint 24,6 degrés, a précisé Météo-France. Et les températures ont largement dépassé les 30 degrés dans une bonne partie du pays. En Grande-Bretagne, le mercure est monté à 34,8 degrés près de Londres, un record pour le pays.
Il a également fait chaud pour la saison en Suisse, mais sans battre des records. MétéoSuisse a également émis un avis de canicule de degré 2 sur 4 pour le Tessin, mardi et mercredi. L’alerte pourrait passer en degré 3 en fin de semaine, puis retomber avec l’arrivée d’une perturbation dimanche.
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« Il y a encore pas mal d’incertitudes », note Mikhaël Schwander, prévisionniste à MétéoSuisse, dans La Matinale. « La tendance pour la semaine prochaine serait à une baisse de température temporaire avec (…) une dégradation orageuse généralisée. Mais pour l’instant, on n’a pas vraiment un signal pour des pluies conséquentes étendues sur tout le territoire. Un scénario encore possible à ce stade est ensuite un retour d’air chaud depuis le sud. »
Une extension de la période des canicules
Sonia Seneviratne, professeure à l’EPFZ et vice-présidente du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, n’est pas surprise du phénomène. « Il fallait s’y attendre », estime-t-elle mardi dans La Matinale de la RTS en expliquant que comme les températures augmentent, les canicules sont de plus en plus fréquentes. « Un événement qui avait à peu près lieu une fois tous les dix ans sans l’influence humaine a désormais lieu trois ou quatre fois tous les dix ans. Et en plus, comme tous les mois se réchauffent, on a maintenant une extension de la période des canicules » qui surviennent au printemps pendant le mois de mai et à la fin de l’été, remarque-t-elle.
On ne sait pas comment ça va se terminer. Il y a des possibilités de point de bascule à l’échelle planétaire et régionale. On pourrait avoir un emballement du changement climatique
Sonia Seneviratne, climatologue
La climatologue souligne que le réchauffement est plus fort régionalement: la Suisse est « fortement touchée » avec « en moyenne environ 3 degrés » de plus, contre environ 1,5 degré de réchauffement global de la planète. « L’ensemble de l’Europe se réchauffe de manière beaucoup plus forte que la plupart des autres continents », observe-t-elle aussi. « Les anomalies de température par rapport à celles qu’on a d’habitude sont très fortes. »
>> L’interview de Sonia Seneviratne dans La Matinale :
Vague de chaleur inédite en Suisse, une conséquence manifeste du réchauffement climatique: interview de Sonia Seneviratne / La Matinale / 6 min. / aujourd’hui à 07:00 Un lot d’inconnues
Outre la baisse de la quantité de neige en hiver, les températures plus extrêmes en été, avec « des canicules très fortes », une modification du cycle de l’eau avec des étés plus secs, l’augmentation de la fréquence des sécheresses et des précipitations extrêmes, qui induisent par exemple des inondations, le réchauffement climatique entraîne des conséquences qui réservent encore leur lot « de surprises », relève Sonia Seneviratne.
Et d’insister: « On ne sait pas comment ça va se terminer. Il y a des possibilités de point de bascule à l’échelle planétaire et régionale. On pourrait avoir un emballement du changement climatique ».
Elle explique aussi que le phénomène entraîne un changement au niveau des probabilités alors que normalement, « chaque événement qui a lieu est toujours une combinaison du climat moyen », indique-t-elle. « C’est un peu comme si on avait des dés », illustre Sonia Seneviratne. Normalement, la somme de deux dés ne permet pas d’avoir un résultat supérieur à 12 puisque les chiffres indiqués sur les faces vont de 1 à 6. Mais deux dés pipés qui font chacun apparaître le chiffre 7 peuvent permettre d’obtenir un 14, ce qui était impossible auparavant.
Sujets radio: Valérie Hauert, Foued Boukari et Miguel Hernandez
Article web: juma avec les agences