La chanteuse Marie Poulain a sorti un nouveau morceau avec un couplet chanté artificiellement par l’interprète de L’Aigle noir, disparue il y a presque trente ans. Son neveu et ayant droit Bernard Serf défend un projet « bienveillant » et « honnête ».

L’œuvre de Barbara est immortelle. Sa voix aussi. Surtout à l’ère de l’intelligence artificielle. Vendredi 22 mai, la chanteuse Marie Poulain, repérée en 2023 par Calogero, a dévoilé un nouveau morceau en un duo inimaginable avec une de ses idoles : l’inoubliable Barbara, disparue le 24 novembre 1997. Dans Si l’IA, une ballade d’environ trois minutes, la jeune femme recrée le talent de la défunte artiste grâce à la technologie. Elle reproduit sa voix sur la bande sonore et sa silhouette sur un clip vidéo signé Julien Peyrache. Mais comme souvent depuis l’arrivée de l’IA dans notre quotidien, le procédé fait débat. Sur le Net, les aficionados de la Dame en noire se disent « déçus », « profondément mal à l’aise » ou encore « dégoûtés » devant ce spectacle. « C’est une honte », « ce n’est pas correct », enchérissent d’autres internautes.

Certains s’interrogent. Comment un tel projet a-t-il vu le jour ? Contacté par Le Figaro mercredi matin, l’ayant droit de Barbara, son neveu Bernard Serf, a confirmé avoir donné son « total accord » à Marie Poulain pour la réalisation de la chanson et de la vidéo qui l’accompagne. « J’ai d’abord été contacté par Calogero, nous raconte-t-il. C’est un grand admirateur de Barbara. Pascal Nègre, l’ex-patron d’Universal Music France, m’avait confié que c’était la seule chanteuse française qu’il aimait autant que les artistes anglo-saxons. » Si Bernard Serf a accepté la proposition de Marie Poulain, c’est parce qu’il a tout de suite ressenti une forme d’« honnêteté dans son travail ».


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Marie Poulain  – Si l’IA  (2026)

« Une admiration bienveillante »

La jeune artiste, qui n’a sorti qu’un simple EP depuis le début de sa carrière, a spontanément tenu à associer la famille de Barbara. Elle lui a montré les maquettes qu’elle a générées grâce à la plateforme Kits.Ai . Elle a aussi promis de ne rien publier sans son consentement. « J’ai suivi toute l’évolution du projet, donc je suis très conscient de son existence. Quand j’ai vu les maquettes, j’ai apprécié la démarche de cette admiratrice que je trouve à la fois touchante, convaincante et sincère », explique l’ayant droit, voyant dans cette production moderne « un moyen extrêmement actuel de rendre hommage à ma tante, trente ans après sa disparition, sans aucune ambiguïté ». « Marie aime Barbara et l’écriture de la chanson témoigne d’une admiration bienveillante », poursuit Bernard Serf.

J’ai peut-être parfois pris des décisions auxquelles Barbara n’aurait pas souscrit

Bernard Serf au Figaro

Le neveu de Barbara a été chargé par la famille de l’artiste de dire oui ou non à quelconque projet impliquant l’interprète de Ma plus belle histoire d’amour. Il confie avoir refusé d’autres propositions qui ne « cochaient pas toutes les cases ». « Je ne sais pas si Barbara aurait donné son accord, dit-il. Personne ne le sait. J’ai peut-être parfois pris des décisions auxquelles Barbara n’aurait pas souscrit, mais je suis incapable de le savoir. » 

Utilisation de l’IA mentionnée

Sur les réseaux, Bernard Serf en prend pour son grade. Des internautes lui reprochent de vouloir se faire de l’argent sur le dos de la défunte. Avec cette chanson, dans laquelle la presque voix de Barbara résonne pendant une minute et treize secondes, Bernard Serf révèle, certes, toucher des « droits afférents », mais assure ne pas avoir accepté le projet pour « des conditions pécuniaires ». « La seule chose qui m’intéresse, ce sont l’œuvre et la mémoire de Barbara », répète-t-il.

L’ayant droit juge le projet « honnête » dans toutes ses formes. Car contrairement aux milliers de chansons générées par IA publiées chaque jour sur les plateformes de streaming musicales, celle-ci mentionne dans le titre et dans les crédits l’utilisation de la technologie. « C’est franc du collier », s’exclame Bernard Serf. Les paroles du couplet chanté par Barbara y font également référence : « Me voilà, enfin presque, auprès de vous/C’est bien moi, oui Madame, dans ce fichu programme/C’est mon âme longue comme une flamme, ad vitam aeternam/Je n’ai plus vraiment d’âge. »


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Bernard Serf tient toutefois à « rester prudent » quant à l’utilisation de l’IA. Il ne prévoit pas d’utiliser à nouveau la voix de Barbara sous sa forme technologique, sauf si un projet aussi sincère que celui de Marie Poulain lui est présenté. « Ma décision était rationnelle, mais je garde mes précautions, assure-t-il. Barbara nous disait souvent “il faut légiférer”, mais cela ne veut pas dire qu’il faut être dans le “non” systématique. »