C’est l’argument phare de la gauche et des syndicats contre l’initiative UDC « Pas de Suisse à 10 millions »: limiter l’immigration affaiblirait nos assurances sociales et compliquerait encore leur financement. L’émission Forum de la RTS a vérifié: elles seraient effectivement impactées par un « oui » le 14 juin, mais difficile de chiffrer exactement le dommage.
La votation du 14 juin sera non seulement décisive pour l’avenir des relations entre la Suisse et l’Union européenne, mais également pour celui des principales assurances sociales du pays. L’AVS d’abord, la plus importante: comme le montre une étude de l’Office fédéral des assurances sociales datant de 2023, le premier pilier – tout comme l’Assurance invalidité – profite de l’immigration. Et il continuera à en profiter même si l’immigration se poursuit à un rythme élevé.
Cette étude a amené Elisabeth Baume-Schneider, en charge des assurances sociales, à déclarer récemment dans la presse que « contrairement aux résidents suisses, la population étrangère contribue plus à l’AVS qu’elle n’en profite […] Ainsi, elle décharge la société ». Si on réduisait l’immigration, il serait, selon la Jurassienne, encore plus difficile de financer les rentes.
Une main d’œuvre jeune
L’immigration est essentiellement composée de main d’œuvre plutôt jeune, qui gagne en partie bien sa vie et contribue donc contribue beaucoup au 1er pilier, alors que la population suisse vieillit et touche des rentes durant une période de plus en plus longue.
Si on réduisait l’immigration, l’AVS perdrait des rentrées alors que ses dépenses augmenteraient. Selon les syndicats, freiner l’immigration ferait perdre « des milliards » à l’assurance-vieillesse. « En limitant la population résidente, le nombre de cotisant-e-s diminuera d’environ 10% », avait indiqué Daniel Lampard face aux médias le 27 mars. Une estimation qu’il n’est pas possible de confirmer: l’OFAS ne peut pas chiffrer la perte pour l’AVS, car on ne sait pas à combien s’élèverait la baisse de l’immigration en cas de « oui » le 14 juin.
>> Le sujet de Forum :
Quels sont les effets sur les assurances sociales en cas d’acceptation de la votation « Pas de Suisse à 10 millions »? / Forum / 3 min. / hier à 19:00 Risque de hausses de primes maladie
L’assurance maladie serait également impactée. Les résidents étrangers sont en effet des contributeurs nets de la Lamal. Comme pour les rentes AVS, ils contribuent aussi à financer les soins des Suisses.
En se basant sur les chiffres de l’OFS, la RTS a fait le calcul: via leurs primes, les étrangers vivant en Suisse injectent plus d’un milliard de francs en plus dans le système que ce qu’ils ne lui coûtent, car ils sont en moyenne plus jeunes et consomment – à âge égal – moins de soins. Par contre, pour les Suisses, les primes ne suffisent de loin pas à couvrir les coûts. Le déficit entre leurs primes et leurs coûts dépasse quatre milliards de francs. Le manque à gagner est financé par les franchises, la quote-part et justement une redistribution via les primes payées par les étrangers.
Comme pour l’AVS, une diminution de l’immigration ferait donc diminuer les recettes de la LaMal, bien plus que les dépenses. Pour compenser, il faudrait augmenter les primes maladie. Les syndicats parlent de « 250 francs par an » en plus. Là non plus, impossible de vérifier en l’absence de scénarios concrets sur la réduction de l’immigration.
Economies dans l’aide sociale
Les étrangers ayant proportionnellement un peu plus recours à l’aide sociale que les Suisses, l’initiative devrait faire baisser ces coûts-là. Il faut toutefois préciser que le taux de personnes à l’aide sociale est actuellement bas et que les dépenses de cette assurance se montaient à 2,6 milliards en 2024, ce qui représente à peine plus d’un pourcent des coûts de la protection sociale en Suisse.
Jean-Marc Heuberger avec Tybalt Félix