De nombreux festivals culturels cherchent à consolider leur identité dans un paysage événementiel de plus en plus concurrentiel, Delémont’BD fait un choix intéressant : transformer son affiche 2026 en véritable outil de marque. Pour sa 12e édition, le festival jurassien a confié son visuel à l’auteur français Boulet, qui ne s’est pas limité à signer une illustration promotionnelle. Il a imaginé un personnage inédit, « Trissouille la Gargouille », appelé à devenir le nouvel emblème de la manifestation.
Cette initiative dépasse le simple exercice graphique. Dans un contexte où les événements culturels cherchent à prolonger leur présence au-delà de quelques jours de programmation, la création d’une mascotte constitue un levier de différenciation et de fidélisation. Elle permet d’incarner une identité, de créer des déclinaisons éditoriales et visuelles sur plusieurs supports et de renforcer la mémorisation auprès des publics.
Une identité construite à partir du patrimoine local
Le choix de Boulet s’est porté sur un élément relativement discret du patrimoine delémontain : les gargouilles du Château de Delémont. Présentes depuis les rénovations menées dans les années 1930, elles constituent un symbole familier mais souvent méconnu de la ville. L’auteur, connu notamment pour ses univers peuplés de créatures fantastiques, y a trouvé une source d’inspiration lui permettant d’éviter les représentations urbaines plus conventionnelles fréquemment utilisées dans les affiches de festivals.
Le processus de création traduit également une évolution dans la manière de concevoir les événements culturels. Selon le directeur artistique Célien Milani, l’objectif était de recentrer l’attention sur les visiteurs tout en renforçant l’intégration du festival dans la vie culturelle locale. L’affiche devient ainsi un point de rencontre entre patrimoine, territoire et communauté plutôt qu’un simple support de communication.
Quand les festivals deviennent des marques culturelles
L’apparition de Trissouille s’inscrit dans une tendance plus large observée dans les industries culturelles. Festivals, musées et institutions cherchent désormais à développer des univers narratifs cohérents capables d’exister toute l’année. Les mascottes, personnages ou identités visuelles récurrentes facilitent cette continuité et favorisent l’engagement des publics, notamment sur les plateformes numériques.
Pour Delémont’BD, la démarche est particulièrement pertinente. La bande dessinée possède naturellement les codes du personnage, du récit et de l’attachement émotionnel. En donnant vie à une créature issue du patrimoine local, le festival crée un pont entre son univers artistique et son territoire d’accueil.
Le personnage apparaît d’ailleurs comme le symbole du nouveau parcours d’expositions « La Balade Dessinée », qui animera les rues de Delémont jusqu’au 9 août, soit bien après les trois jours de festival prévus du 19 au 21 juin. Cette extension temporelle de l’expérience constitue un autre signal de l’évolution des événements culturels vers des formats plus durables et plus ancrés dans l’espace urbain.
Un équilibre entre rayonnement international et proximité
Le choix de Boulet, figure reconnue de la bande dessinée francophone, confirme la volonté du festival de maintenir une dimension internationale tout en affirmant davantage son identité locale. Cette articulation entre attractivité externe et enracinement territorial devient un enjeu central pour de nombreux événements culturels confrontés à la multiplication de l’offre et à la nécessité de justifier leur singularité.
L’affiche 2026 illustre précisément cette recherche d’équilibre : un auteur à forte notoriété apporte sa vision créative, mais celle-ci se nourrit directement d’un élément du patrimoine jurassien et d’une réflexion sur la place des habitants et des visiteurs dans l’événement.