Considéré comme une espèce invasive, le raton laveur est présent en Suisse depuis les années 1970. En Allemagne, il est désormais considéré comme un fléau en raison des dégâts qu’il cause. Certaines régions helvétiques cherchent à mieux traquer le carnivore pour éviter d’en arriver là.
Le raton laveur est l’un des huit mammifères classés comme ‘espèce exotique envahissante’ en Suisse. La loi fédérale sur la chasse oblige donc les cantons à prendre des mesures pour endiguer sa prolifération.
Dans les cantons du nord comme Bâle et Argovie, les autorités demandent même activement à la population de signaler toute observation. Même si, « à ce jour, la plupart de ces espèces ne causent pas de dégâts économiques ou écologiques importants en Suisse », précise l’Office fédéral de l’environnement dans son rapport de 2022 sur les espèces invasives.
Maisons saccagées, étangs décimés
En Allemagne, où il est présent depuis les années 1930, importé initialement pour en faire de la fourrure, le raton laveur pose plus de problèmes. Sa population est estimée à deux millions d’individus. Et malgré un nombre record de plus de 280’000 animaux abattus durant la saison 2024/2025, elle continue de croître, grâce notamment à un mécanisme de compensation: quand des animaux disparaissent à cause de maladies ou de la chasse, de jeunes femelles participent davantage à la reproduction.
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Ratons laveurs: la plaie des propriétaires / Mise au point / 11 min. / le 21 mai 2026
Or, les ratons laveurs provoquent parfois des dégâts considérables, y compris dans les maisons: ils entrent par les toits ou les chatières et démontent cuisines, greniers ou galetas. Et les nuisances ne se limitent pas aux humains.
Extrêmement intelligent, le carnivore est capable de décimer des écosystèmes, comme des étangs entiers de crapauds venimeux, en évitant simplement de manger la peau et les glandes empoisonnées.
Des sacs à mains
Chasseur urbain dans le Bade-Würtemberg, région allemande frontalière de la Suisse, Ulrich Pfeiffer décrit même une situation hors de contrôle: « Sur certaines routes, on a eu un message de presque chaque maison signalant des problèmes », décrit-il. Et face aux dégâts, il accuse avec colère les autorités de n’avoir rien entrepris plus tôt.
Les ratons laveurs sont capables de se faufiler et d’ouvrir très facilement certaines portes.
Membre du parti conservateur de la CDU et également chasseuse, la députée Sarah Schweitzer abonde: elle réclame des primes et suggère aussi de relancer le commerce de fourrure pour inciter et rentabiliser la chasse. « Autrefois, les ratons laveurs étaient élevés dans les fermes pour leur fourrure. […] C’est pour ça que j’ai lancé l’idée d’utiliser la fourrure de manière durable et d’en fabriquer des sacs à main, par exemple. »
Mais cette proposition ne fait pas l’unanimité. Du côté des militants pour les droits des animaux, on préconise la castration plutôt que l’abattage.
Innover pour mieux piéger
Côté suisse, personne ne connaît exactement le nombre d’individus présents sur le territoire. Mais une chose est sûre: il augmente. « Ça se développe comme lors de la phase initiale en Allemagne », observe Sarah Hummel, biologiste au Centre national de données et d’information pour la faune suisse. « Dans deux ou trois décennies, on pourrait atteindre une densité comme aujourd’hui dans le nord de l’Allemagne. »
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Selon elle, l’éradication n’est plus possible et la progression ne pourra être que ralentie. Des pièges plus efficaces sont donc développés pour contrer l’intelligence de l’animal et pour ne pas piéger d’autres espèces par erreur. En Argovie, les autorités organisent aussi des forums pour sensibiliser la population.
Le raton laveur est-il suffisamment mignon pour éviter l’éradication?
A noter qu’en Suisse romande, Procyon lotor, de son nom latin, n’a fait jusqu’ici que des apparitions discrètes. Mais ce n’est sans doute qu’une question de temps avant qu’il ne fasse partie du paysage.
Reportage: Gilles Clémençon
Texte web: Pierrik Jordan