Le patron de la Nasa, Jared Isaacman, est revenu jeudi sur les grandes difficultés rencontrées en 2024 par le vaisseau CST-100 Starliner du géant Boeing, lors de son tout premier vol avec équipage. Il a pointé de sérieuses défaillances de sécurité, imputables tant à l’avionneur qu’à l’agence qu’il dirige, notamment lors de la phase d’amarrage avec l’ISS en orbite.
En conférence de presse, il a dévoilé les conclusions très dures issues d’un rapport de la Nasa sur la mission Boe-CFT, à laquelle les astronautes américains Suni Williams et Butch Wilmore ont participé à partir de juin 2024. Ils devaient passer huit jours à bord de la station spatiale, mais y étaient finalement restés neuf mois, après un vol aller délicat.
« L’issue de cette mission aurait pu être très, très différente », a déclaré Jared Isaacman, sous-entendant que la vie des membres d’équipage était en jeu. Et d’annoncer, pour enfoncer le clou, que la Nasa avait réévalué la gravité de cet incident en « type A », le plus haut niveau, celui des accidents mortels sur les navettes Challenger et Columbia, en 1986 et 2003.
Un coup de massue pour l’industriel, annoncé de surcroît peu avant le départ d’un lanceur Falcon 9 d’Elon Musk pour placer des satellites Starlink en orbite, et tandis que le SLS de 98 mètres devant prochainement envoyer quatre êtres humains autour de la Lune remplissait avec succès son test grandeur nature de remplissage d’ergols et ses ultimes vérifications.
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Des conclusions « difficiles à entendre »
L’administrateur a rappelé que bien avant ce vol, qui s’est achevé par un retour à vide de la capsule, le projet avec Boeing avait rencontré des difficultés, enregistrant des années de retard.
« Starliner présente des déficiences de conception et d’ingénierie qui doivent être corrigées, mais la défaillance la plus préoccupante révélée par cette enquête n’est pas d’ordre matériel. Il s’agit des prises de décision et du leadership », a taclé Jared Isaacman. Selon le rapport, la Nasa aurait notamment failli à prendre des décisions susceptibles de nuire à Boeing.
Un épilogue accablant, annoncé par un homme réputé proche d’Elon Musk et choisi par Donald Trump, alors que le vol avait eu lieu pendant le mandat de Joe Biden. « Nous les avons laissés tomber », a même dit Amit Kshatriya, administrateur associé de la Nasa, au sujet des astronautes de l’agence. Des conclusions « difficiles à entendre », a-t-il concédé.
Avec SpaceX, Boeing avait été choisi sous Barack Obama pour la sous-traitance des vols habités de la Nasa vers la Station spatiale internationale. La fusée Falcon 9 vient d’envoyer sa 12e capsule habitée Crew Dragon, avec notamment Sophie Adenot à bord. En 2025, c’est le rival de Boeing qui avait fini par ramener Suni Williams et Butch Wilmore sur Terre.
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Boeing promet des changements
Une enquête technique sur les problèmes rencontrés est encore en cours, mais ce premier rapport rendu public identifie une série de manquements, tant du côté de l’entreprise que de l’agence spatiale américaine. Ce sont les doutes sur le système de propulsion de la capsule qui avaient fini par dissuader la Nasa de l’utiliser pour le retour.
La perspective de revoir un lanceur Atlas V d’ULA lancer le Starliner avec des personnes à bord s’éloigne drastiquement. Jared Isaacman a néanmoins conclu sur une touche positive, assurant que la Nasa allait continuer de travailler avec Boeing pour améliorer son vaisseau et faire en sorte qu’il puisse mener à l’avenir des missions habitées, ou de cargo, vers l’ISS.
Dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse, Boeing dit avoir pris note des conclusions du rapport, saluant la rigueur de l’enquête menée par l’agence spatiale américaine. L’entreprise dit avoir d’ores et déjà « accompli des progrès substantiels dans la mise en œuvre des mesures correctives » liées aux problèmes identifiés pendant son vol : « Boeing a conduit des changements culturels significatifs au sein de ses équipes qui s’inscrivent directement dans le prolongement des conclusions du rapport. »
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