L’exposition ‘Le chalet… un mythe?’, présentée à la Tour d’Anniviers à Vissoie (VS) jusqu’au 19 juillet, propose une exploration fascinante de l’histoire et de la perception de cette icône architecturale alpine.

Initiée par Léonard Bender, président de Patrimoine Suisse, section Valais, l’exposition itinérante ‘Le chalet… un mythe?’ a été délibérément installée en montagne pour mieux interroger son sujet. Le titre même de l’exposition, avec son point d’interrogation, invite à la réflexion. « On pourrait presque mettre un point d’exclamation, mais si on le fait, plus personne ne va vouloir venir voir l’expo. Donc oui, c’est un mythe », affirme en souriant Léonard Bender dans le 12h30 du 21 mai, soulignant que l’exposition vise à comprendre comment le chalet est devenu l’objet familier que nous connaissons aujourd’hui.

Remonter aux origines du chalet

Contrairement à la croyance populaire, le chalet n’est pas né en Suisse. Léonard Bender révèle que son origine est plutôt liée aux voyageurs et artistes du XIXe siècle effectuant le pèlerinage vers Rome. Des figures comme Jean-Jacques Rousseau, avec ‘La Nouvelle Héloïse’, ont contribué à idéaliser les habitants des montagnes et, par extension, leurs habitations. Ce modèle a ensuite été repris, copié et il est revenu transformé dans les Alpes suisses et au-delà.

Les premiers bâtiments qualifiés de « chalets » ne ressemblaient pas à l’image que nous en avons aujourd’hui. Il s’agissait plutôt de « maisons en maçonnerie », rappelle Léonard Bender, comme on peut le voir dans la vallée de Salvan, en Valais. Le terme « chalet » désignait alors des constructions d’alpage, et non des habitations permanentes.

Une invention touristique

Un volet spécifique à l’exposition a été ajouté pour le Valais, réalisé par le CREPA (Centre régional d’étude des populations alpines). Marlène Hiroz, historienne de l’art, explique que les premiers chalets en Valais étaient liés aux alpages, mais que leur développement est surtout le fruit de l’avènement du tourisme.

Le terme « chalet » apparaît ainsi avec le tourisme vers la fin du XIXe siècle. Il était alors appliqué à des hôtels, pensions, et même à des gares le long des lignes ferroviaires touristiques, comme Viège-Zermatt ou la ligne de Champéry.

Chalet au Village suisse, Exposition nationale suisse à Genève, 1896. [Bibliothek, Zürich, Bildarchiv - François-Frédéric Boissonnas] Chalet au Village suisse, Exposition nationale suisse à Genève, 1896. [Bibliothek, Zürich, Bildarchiv – François-Frédéric Boissonnas] Un modèle désormais standardisé

L’idée du « chalet typiquement valaisan » est un concept relativement récent, apparu dans la presse dans les années 1950-1960. L’historienne de l’art souligne que le modèle est désormais standardisé: « Aujourd’hui, un chalet en Valais ne se distingue pas d’un chalet de la Savoie ou du Tyrol ou d’ailleurs. C’est vraiment un modèle standardisé, uniformisé, qui correspond plus à un idéal d’une représentation que l’on se fait d’habiter dans les Alpes ».

Le terme « chalet » a considérablement évolué. Il ne décrit plus forcément un bâtiment en bois, mais peut s’appliquer à « tout est un peu chalet à partir du moment où c’est un lieu de séjour en altitude ». De nos jours, le « chalet » est devenu synonyme de « résidence secondaire ». Marlène Hiroz conclut avec humour qu’il suffit parfois de « mettre quelques plaids sur un canapé, des cors de cerf aux murs et puis un feu de cheminée. Et puis on a un chalet ».

Propos recueillis par Guillaume Rey

Adaptation web: ld

‘Le chalet… un mythe?’, Tour d’Anniviers, Vissoie (VS), jusqu’au 19 juillet 2026.