Xavier Thevenot a perdu un enfant dans l’incendie du 1er janvier à Crans-Montana en Valais. Cinq mois après le drame, le père de Noa demande aux prévenus d’assumer leurs manquements et d’arrêter de se renvoyer la balle.

Il n’aime pas trop la lumière. Alors, dans un premier temps, il a préféré rester discret. S’il a décidé de sortir du silence aujourd’hui, c’est qu’il ne supporte pas l’attitude des personnes sous enquête pénale. A ses yeux, aucune ne prend ses responsabilités et « c’est déplorable ».

Xavier Thevenot est le père de Noa, décédé à l’âge de 14 ans dans l’incendie du Constellation. Il est la plus jeune victime de ce drame. Alors que de nouvelles auditions sont au programme mercredi et vendredi, Xavier Thevenot tient à faire part de sa colère: « Je veux que la vérité éclate. »

Le sexagénaire nous a reçus à son domicile situé dans le canton de Genève. Plus de deux heures de discussions dans sa cuisine pour comprendre les raisons de son courroux, mais aussi pour évoquer la mémoire de son fils.

« Un ballon à la place du cœur »

« Noa était un passionné de football », raconte Xavier Thevenot. « Il me disait souvent qu’il voulait en faire son métier, qu’il serait footballeur professionnel. Mon fils avait un ballon à la place du cœur. »

Xavier Thevenot se souvient « des petits ponts » de son fils dès le matin dans la maison familiale. « Il avait tout le temps un ballon dans les pieds et nous vivions en harmonie avec Paul, son demi-frère. Noa avait perdu sa maman il y a quelques années. »

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Peu après Noël, la famille décide de se rendre à Crans-Montana, où elle a un appartement à environ 300 mètres du Constellation. Noa demande à fêter la nouvelle année dans ce bar avec ses anciens copains de classe du Collège Champittet.

« J’ai hésité avant d’accepter, car je ne lui avais jamais donné d’autorisation jusqu’à présent. Mais je savais qu’il serait content de retrouver ses copains. Je me disais aussi que Crans-Montana, la Suisse c’est ‘safe’. Je lui ai dit que j’étais d’accord, mais qu’il devait m’appeler s’il y avait quoi que ce soit. »

Le dernier message de Noa

A 1h17, Xavier Thevenot reçoit un message de son fils. « Il m’a écrit qu’il était avec tous ses copains, que ça se passait super bien, et il me demandait de lui laisser encore un peu de temps car c’était sa dernière soirée. Il parlait de dernière soirée, car il savait que nous devions rentrer le lendemain pour reprendre les cours. »

 Je sens que mon fils est mort. Je le sens dans mes tripes

Xavier Thevenot

Xavier Thevenot voit le message d’un œil, mais n’a pas le temps d’y répondre. Environ trente minutes plus tard, Paul, 18 ans, l’aîné, vient dans sa chambre. « Papa, papa, faut descendre au Constellation, il y a un problème », lui dit-il.

Père et fils se rendent à proximité du bar. Xavier Thevenot voit des ambulances, des policiers, de la fumée noire, des gens sous des couvertures. « Je suis dans un état second. Je cherche Noa partout, je demande à des gens s’ils le connaissent, mais personne ne me répond. »

Xavier Thevenot continue ses recherches, mais sans succès. « Je sens que mon fils est mort. Je le sens dans mes tripes. Je sens quelque chose de fort qui s’en va de moi. »

« La maison est vide »

Trois jours plus tard, le 4 janvier, des policiers valaisans le contactent et lui annoncent qu’ils seront bientôt à son domicile genevois. « Ils m’ont annoncé la mort de mon fils. C’était un dimanche à 17h. »

Depuis lors, Xavier Thevenot a entrepris son travail de deuil. Mais c’est compliqué. Cinq mois après le drame, il n’a ainsi toujours pas trouvé la force de rentrer dans la chambre de son fils. « Je survis. La vie n’est plus la même. La maison est vide. Perdre un enfant, c’est terrible. »

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Dans le canton du Valais, ils se couvrent tous. Personne n’est responsable

Xavier Thevenot

Sa souffrance est amplifiée par le sentiment que les prévenus, qui sont au nombre de quatorze à ce jour, n’assument pas leurs responsabilités. Il constate que certains refusent de répondre aux questions des procureures alors que les autres assurent qu’ils n’ont rien à se reprocher.

« Dans le canton du Valais, ils se couvrent tous. Personne n’est responsable. Le bar Le Constellation n’a pas été contrôlé depuis 2019. Si les fonctionnaires avaient fait leur job en contrôlant ce bar, nos enfants seraient vivants, oui vivants. Je trouve déplorable que les prévenus ne prennent pas leurs responsabilités. C’est un manque de respect pour les victimes et les parents des victimes. »

« Nicolas Féraud devrait démissionner »

Xavier Thevenot déplore également l’attitude des époux Moretti, incapables de dire où ils ont acheté la mousse qui s’est enflammée au sous-sol, mais aussi celle du président de Crans-Montana Nicolas Féraud. « Je suis désolé, mais si j’étais à sa place, je démissionnerais. Comment peut-il encore rester à la tête de la commune ? C’est lunaire. »

Déçu par les auditions des prévenus déjà interrogés, Xavier Thevenot n’attend pas grand-chose des interrogatoires au programme cette semaine. Mercredi, les magistrates auditionneront Jérémie Rey, élu en charge des Constructions de la commune de Chermignon entre 2013 et 2016. Vendredi, elles procéderont à une confrontation entre les époux Moretti.

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« Je me battrai, je le dois à mon fils »

« Je veux bien qu’il y ait des prévenus, mais chaque fois que l’un d’eux est interrogé, il dit que ce n’est pas de sa faute ou qu’il n’était pas au courant. Pour nous, parents de victimes, c’est un coup de couteau qu’on prend dans le dos ou dans le cœur à chaque fois. »

Dépité, Xavier Thevenot n’est pas abattu pour autant. « Croyez-moi, je me battrai jusqu’à la fin de ma vie. Je le dois à mon fils. Je me battrai jusqu’à ma mort pour que la vérité éclate sur ce drame qui s’est passé à Crans-Montana. »

Fabiano Citroni, pôle enquête RTS

Information développée dans le Journal de 07h00 de La Matinale