L’impact d’un trouble mental sur la fratrie est une question cruciale, tant pour le devenir psychologique des frères et sœurs que pour le rétablissement de la personne atteinte. Comprendre ces dynamiques relationnelles peut s’avérer utile même pour les familles qui ne sont pas directement concernées par un trouble mental.
Devenu une personnalité du rap et du cinéma sous le nom de Gringe, Guillaume Tranchant a vu sa vie basculer en 2001, alors qu’il a 21 ans. Dans le podcast « Dingue », il raconte que son frère Thibault, 19 ans, est revenu d’une rave-party « transformé, métamorphosé ». « C’est dans le regard. C’est dans l’absence de discours. C’est dans le mutisme et l’isolement », se souvient Guillaume. Quelques mois plus tard, Thibault est diagnostiqué schizophrène.
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Santosh Itty, médecin associé à la Consultation psychothérapeutique pour familles et couples aux HUG, résume les quatre manières principales de réagir face à un trouble mental d’un frère ou d’une sœur: le repli sur soi, l’empathie (parfois excessive), la différenciation (quitter la famille au plus vite), ou les comportements à risque. Ces réactions rappellent l’importance d’un suivi pour toute la famille.
Un processus évolutif
Guillaume Tranchant a traversé ces différentes phases. « On est en état de choc au début, parce qu’on ne reconnaît vraiment pas son frère », explique-t-il. Après une période de rejet et de colère, il développe une grande compréhension et une grande empathie envers Thibault.
Progressivement, Thibault ouvre les portes de son monde à son frère. Lors d’un Noël, il lui confie voir une petite fille que Guillaume ne perçoit pas. C’est en puisant dans le lien profond établi avec son frère au fil des années que Guillaume parvient à lui faire confiance. « Comme je le connais par cœur et comme il y a tant d’affect, et comme on est si liés par nos deux histoires respectives, j’ai tendance à le croire », explique-t-il. Guillaume ne croit pas qu’il y ait une petite fille avec eux, mais il croit que, pour son frère, cette petite fille est là.
Le succès comme catalyseur d’action
A côté de son succès dans le rap et le cinéma, Guillaume Tranchant ressent un profond sentiment d’injustice. « Je gagne bien ma vie. On me reconnaît, on me donne vachement d’amour partout où je vais. En parallèle, se précise un sentiment d’injustice terrible », confie-t-il. Cette situation le pousse à parler publiquement de son frère et à écrire un livre avec lui.
Le succès du livre « Ensemble, on aboie en silence » (éditions HarperCollins) a un impact positif sur Thibault. Guillaume Tranchant explique: « Il y a quelque chose de renarcissisant pour un petit mec qui a été dévalué les quinze dernières années de sa vie. Il y a vachement de bienveillance dans le discours des gens. » Guillaume Tranchant conclut: « Thibault m’a appris ce qu’est l’empathie, la vraie ».
Cette expérience montre comment les défis liés à la maladie mentale peuvent, parfois, renforcer les liens fraternels et ouvrir la voie à une compréhension plus profonde de l’autre.
Adrien Zerbini/asch