En France environ 44 000 personnes vivent avec une greffe rénale et 19 000 patients sont en attente d’une greffe de rein. Pour les patients greffés, le pharmacien tient une place déterminante, entre soutien à l’adhésion thérapeutique, alerte sur les erreurs de prises et prévention des risques d’infection. Une communication régulière et fluide entre les pharmacies de ville et hospitalière est une des conditions à une prise en charge efficiente des greffés rénaux.

© DR Le Dr Jérémy Chambord, pharmacien clinicien à la pharmacie à usage intérieur et dans le service de néphrologie-transplantation-dialyse-aphérèse du CHU de Bordeaux (Gironde), fait le point.

Quels sont les points de vigilance auxquels les pharmaciens d’officine doivent prêter attention lors de délivrance d’immunosuppresseurs aux patients greffés rénaux ?

Les immunosuppresseurs sont des médicaments à marge thérapeutique étroite. Il est donc important que la spécialité prescrite ne soit pas substituée par une autre, sans avis médical, pour éviter une variabilité des concentrations sanguines (notamment entre les différentes spécialités de tacrolimus disponibles). Concernant les contrôles de posologie, il faut faire attention au nombre de prises journalières, davantage qu’à la dose elle-même qui va être très variable d’un patient à un autre, en fonction du suivi pharmacologique. Attention en particulier aux potentielles confusions entre les formes galéniques de tacrolimus : les formes à libération immédiate s’administrent en 2 prises quotidiennes, tandis que les formes à libération prolongée ne s’administrent que 1 fois par jour. Enfin, il faut être vigilant quant aux interactions. Le tacrolimus, la ciclosporine, l’évérolimus et le sirolimus sont métabolisés par le cytochrome P450 3A4. Ils sont donc très sensibles aux médicaments ou aliments inducteurs et inhibiteurs enzymatiques qui peuvent modifier leurs concentrations plasmatiques. Ces interactions nécessitent une adaptation des posologies par le prescripteur et un suivi pharmacologique rapproché.

Quels messages doivent-ils contribuer à diffuser auprès des patients ?

Le 1er message qui doit être largement diffusé auprès des patients est l’importance d’une bonne adhésion au traitement : tous les jours, à la même heure et pendant toute la durée de la transplantation. À l’officine, les pharmaciens sont bien placés pour identifier des patients mal observants qui ne viennent pas récupérer leurs médicaments régulièrement. Le pharmacien peut alors essayer de comprendre les difficultés rencontrées et proposer des solutions adaptées (utilisation de pilulier, explications sur les modalités de prises, par exemple). Il faut insister sur l’importance du suivi pharmacologique et du bon respect de son rythme, notamment la 1re année (très rapproché pendant les 1res semaines suivant la greffe, puis peu à peu espacé pour être réalisé 3 à 4 fois par an). Les officinaux doivent (ré)expliquer au patient que les posologies des immunosuppresseurs ne sont pas fixes et peuvent évoluer en fonction de ce suivi. Enfin, le pharmacien d’officine joue un rôle pour la prévention du risque infectieux : insister sur les mesures d’hygiène, sensibiliser à l’importance de la vaccination, orienter le patient vers un avis médical en cas de fièvre supérieure à + 38 °C.

Après une greffe rénale, les patients récupèrent-ils une fonction rénale normale ?

Au cours de la 1re année de transplantation, environ un tiers des transplantés rénaux récupèrent un débit de filtration glomérulaire -DFG- supérieur à 60 ml/min/1,73 m², un tiers entre 45 et 60 et un tiers entre 30 et 45 ml/min/1,73 m². Cette récupération est variable selon les conditions de la transplantation (âge du patient, âge du donneur, qualité du greffon…) et peut se faire sur quelques jours à plusieurs semaines selon les patients, les greffons issus de donneur vivant étant de meilleure qualité. Avec l’augmentation progressive du DFG, certaines posologies de médicaments devront être revues à la hausse, notamment celles de la prophylaxie anti-infectieuse pour éviter un sous-dosage qui favorise les résistances. C’est pourquoi, chez le transplanté rénal, les communications entre la ville et l’hôpital sont particulièrement importantes : les conciliations médicamenteuses d’entrée (pour identifier et réévaluer tous les médicaments pris par le patient) et de sortie d’hôpital (pour transmettre les informations relatives aux réévaluations de traitement) sont fondamentales. Le développement de plateformes de diffusion d’informations constitue une perspective intéressante pour améliorer le lien ville-hôpital.

En savoir plus avec le cahier Formation Améliorer vos connaissances sur le sujet en lisant les articles du cahier Formation « La greffe rénale » du 30 mai 2026.

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